NOBLESSE RUSSE

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La noblesse russe connaît deux origines : la truste princière (družina) et l'aristocratie terrienne dont les représentants sont appelés les boyards (bojare). Ces deux catégories se confondront vers la fin du xiie siècle. Plus tard, dans les nouvelles principautés de la Russie du Nord-Est, c'est l'aristocratie locale qui fournira les premiers cadres administratifs. Toutefois, l'indépendance dont faisaient preuve les boyards à l'égard de leurs princes incita ces derniers à créer une nouvelle catégorie de « gens de service » (služilye ljudi). Ils étaient dotés d'une terre à titre précaire, le pomest'e, différente par sa nature même du bien héréditaire (votčina) que possédaient les boyards. Ces nouveaux serviteurs du prince, les dvorjane (sing. dvorjanin, « gens de Cour »), se trouvaient placés dans l'armée ou à la Cour au-dessous des boyards, mais leur influence réelle ne cesse de croître durant tout le xvie siècle. En particulier, les réformes promulguées au début du règne d'Ivan IV en 1550-1560, sous l'influence d'A. F. Adachev, dvorjanin lui-même, favorisent la nouvelle classe des « gens de service » : ceux-ci jouent un rôle de premier plan dans les nouvelles institutions locales élues par les classes aisées. L'institution de l'opritchnina par Ivan le Terrible, accompagnée de l'extermination physique de nombreux représentants de l'ancienne noblesse, favorise également l'essor de la nouvelle classe nobiliaire. Toutefois, l'attribution de terres aux dvorjane s'est faite le plus souvent au détriment des paysans libres. Au xviie siècle, la majorité des terres est aux mains des dvorjane. Leurs privilèges économiques et sociaux sont confirmés et même accrus dans le Code (Sobornoe uloženie) promulgué en 1649. Le possesseur d'un pomest'e se voit de plus en plus assimilé au propriétaire d'une terre héréditaire (vočina). Les deux types de propriétés nobiliaires furent officiellement confondus en 1714 : désormais, l'Empire russe n'avait plus qu'une noblesse unique, le dvorjanstvo.

Sous Pierre le Grand, l'obligation pour les nobles de servir l'État était le corollaire de la possession de la terre et des paysans. La réforme de 1722 classa les fonctionnaires et les militaires en quatorze grades (tchin). Le service de l'État conférait la noblesse à titre personnel ou même à titre héréditaire à partir du huitième degré (le degré le plus bas étant le quatorzième). Mais, progressivement au xviiie siècle, l'obligation pour les nobles de servir l'État fut allégée, puis définitivement supprimée par Pierre III (1762). Le règne de Catherine II renforça encore la puissance économique et sociale de la noblesse. L'annexion de territoires non russes fit entrer au sein de la noblesse de l'Empire de nombreux éléments étrangers, allemands notamment.

L'abolition du servage en 1861 priva la noblesse d'une main-d'œuvre gratuite, mais lui conserva près de 80 p. 100 des terres. Les dvorjane continuèrent à jouer un rôle politique important, tant sur le plan national que local (dans les zemstvos), défendant le plus souvent des positions conservatrices. Les privilèges économiques et sociaux de la noblesse furent supprimés dans les jours qui suivirent la révolution d'octobre 1917.

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Pour citer l’article

Wladimir VODOFF, « NOBLESSE RUSSE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/noblesse-russe/