SAINT PHALLE NIKI DE (1930-2002)

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Installée depuis 1994 à San Diego (Californie), Niki de Saint Phalle fut probablement l'une des artistes les moins conventionnelles de son temps, marquée pourtant par les innovations du groupe du Nouveau Réalisme fondé en 1960 autour de Pierre Restany, groupe dont elle fit partie, et par l'art de la performance, dans lequel s'inscrivent ses Tirs à la carabine. Rien ne semblait destiner cette fille de famille née Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle à Neuilly en 1930, élevée en France et aux États-Unis dont sa mère était originaire, à une carrière d'artiste provocatrice. Rien si ce n'est un tempérament rebelle : après avoir posé comme mannequin pour les revues les plus chics et fait la couverture de Life Magazine, Vogue et Harper's Bazaar, elle s'enfuit à dix-huit ans avec Harry Mathews qui devint son premier mari.

Les « Tirs »

Développer l'imaginaire à partir de la vie, en autodidacte, parfois à des fins quasi thérapeutiques, c'est ce que fait d'emblée Niki de Saint Phalle dans ses premières toiles des années 1950, hautes pâtes brutes à la manière d'un Dubuffet, monde de l'enfance, de la fête ou de la peur où les châteaux se détachent toujours sur un fond noir de violence rentrée. Découvert lors d'un séjour en France, le concept de cathédrale, en tant qu'« idéal collectif », impressionne Niki de Saint Phalle et deviendra plus tard un aspect important de son œuvre. En 1955, elle visite à Barcelone le parc Güell de Gaudí qui la marque durablement : elle aussi créera un « jardin de joie pour les gens ». La même année, elle visite à Hauterives le Palais idéal du facteur Cheval et fait la connaissance de Jean Tinguely (1925-1991) et de sa femme Eva Aeppli.

À partir de 1959, sous l'influence de l'art de Pollock, de De Kooning et des néo-dadaïstes américains Johns et Rauschenberg, elle réalise des tableaux-assemblages. En 1961, l'un d'eux, Portrait of my Lover, composé d'une chemise surmontée d'une cible, sur laquelle les spectateurs étaient invités à jeter des fléchettes, est à l'origine des tableaux-tirs. Dès lors, l'artiste, qui vit désormais avec Tinguely, est sur le devant de la scène artistique. Pontus Hulten, le directeur du Moderna Museet de Stockholm et futur directeur du Musée national d'art moderne à Paris, va encourager sa carrière.

Niki partage très tôt avec Jean Tinguely, qu'elle épouse en 1971 une conception de l'œuvre d'art comme « attentat ». Les « Tirs », effectués de 1961 à 1963, marquent en un sens la démolition de la peinture et font écho aux machines destructrices de Tinguely telles qu'Hommage à New York (1960). Dans un geste qui n'est pas sans similitude avec la technique du dripping de l'action-painting de Jackson Pollock, dans les « tableaux-surprise », le spectateur armé d’une carabine envoie les projectiles dans des poches de plastique contenant de la peinture qui coule sur des reliefs blancs en plâtre, où sont collés des objets de récupération. La cible suivante est constituée d'autels qu'elle construit à la manière de retables de dévotion populaire, qui évoquent des ex-voto baroques et hétéroclites.

Elle participe activement au mouvement des nouveaux réalistes, notamment en prenant part au concert-performance de John Cage, intitulé Variations II, à l'ambassade des États-Unis à Paris, le 20 juin 1961.

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  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Thierry DUFRÊNE, « SAINT PHALLE NIKI DE - (1930-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/niki-de-saint-phalle/