BOUVIER NICOLAS (1929-1998)

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À l’écoute de la polyphonie du monde

Tout de suite après des études de droit et de lettres, en 1953, il part dans sa Fiat Topolino pour un voyage de trois ans qui le conduira de Genève au Japon, via la passe de Khyber et Ceylan. La première partie de ce voyage, entrepris avec le peintre Thierry Vernet et qui va de la Yougoslavie au Kurdistan, sera racontée dans L'Usage du monde (1963), illustré avec les croquis de son compagnon de route. L'ouvrage évoque les terres de l'Asie, la recherche des « lieux auspicieux », les instants d'intense présence aux choses, en une invitation incessante à goûter la douceur de la vie comme s'il fallait mourir demain. Récit d'un Montaigne contemporain où l'Histoire est sans cesse présente, L'Usage du monde est devenu un livre culte pour de nombreux écrivains français et étrangers, complété en 2001 par L'Œil du voyageur, qui propose les photographies prises par l'auteur au cours de ce voyage.

Dans Japon (1967), puis dans Chronique japonaise (1975), qui en constitue la reprise et le développement, la perception du poids du passé se double d'une attention aiguë à l'instant, aux odeurs, aux bruissements de rire du présent, à une fête paysanne, à une excursion au nord, dans l'île de Hokkaidō. Bouvier fait au Japon l'apprentissage de la photographie, et son premier livre sur le pays du Soleil levant est illustré de magnifiques images : visages, épouvantails, sumotoris, idéogrammes, stèles votives s'ajoutent aux photos d'un mur troué devant lequel passent des êtres humains. Ce passage incessant sur fond fixe restitue sans exotisme un pays à la fois dynamique et figé dans ses traditions pluriséculaires, et la condition de l'homme destiné à passer et à disparaître.

Nicolas Bouvier

Nicolas Bouvier

Photographie

Le Japon fut une des terres d'élection de l'écrivain voyageur Nicolas Bouvier. On le voit ici en 1956 au temple bouddhiste de Hase-dera. 

Crédits : Roger-Viollet

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À la mobilité de Chronique japonaise s'oppose l'atmosphère stagnante du récit suivant, Le Poisson-Scorpion (1979), noire distillation d'une expérience de douleur et de solitude, vécue dans l'île de Ceylan. Dans ce conte tropical traversé par la magie noire, non-être et malheur s'opposent aux instants pleins des textes précédents, équilibrant l'œuvre de Bouvier entre les deux pôles ess [...]


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Écrit par :

  • : professeur de littérature française à l'université de Pise, Italie

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Pour citer l’article

Anne-Marie JATON, « BOUVIER NICOLAS - (1929-1998) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/nicolas-bouvier/