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NAISSANCE D'UNE NATION, film de David Wark Griffith

Un film novateur

Derrière la simplicité du récit, jouant sur les clivages entre Noirs et Blancs puis entre Bien et Mal, Griffith réussit à croiser les destins individuels au sein d'une trame épique et collective. Cette saga familiale, qui prend la forme d'un roman-feuilleton, fonde à l'écran le récit hollywoodien, alternant scènes familiales et scènes historiques. Mais ce film, au-delà de son apparente naïveté, deviendra aussi l'un des premiers films politiques de l'histoire du cinéma. Interdits à l'écran, les Noirs sont des Blancs grimés. Ils sont présentés de manière caricaturale, des alcooliques dévergondés et violents, et font face à l'archétype de l'homme blanc, archange d'un Nouveau Monde en construction. La mise en scène grandiloquente des processions du Klu Klux Klan suscita les plus grandes réserves en Europe où le film fut censuré, pour ne sortir qu'en 1921, coupé, dans l'après-guerre où avaient été engagés nombre de combattants africains. Aux États-Unis, sa sortie engendra des émeutes sur la côte est. Le film suivant du réalisateur, Intolérance (1916), dénoncera d'ailleurs le sectarisme.

La mise en scène imprime un rythme particulier au film, mettant le plus souvent le spectateur au cœur de l'action. Jouant sur les oppositions et les contrastes entre les héros du récit et la grande foule des anonymes, la caméra de Griffith perfectionne l'art cinématographique de l'époque : diversité des plans (près de 1 500), alternance de plans généraux et de plans rapprochés, utilisation de la profondeur de champ, contrechamp et fondus enchaînés, panoramiques donnant autant des images contrastées qu'un relief inattendu aux personnages. La caméra, déjà mobile, placée à des angles différents, montre les scènes de bataille ou les chevauchées sous un angle spectaculaire. Puis, avec des caches, Griffith accentue nombre de détails visuels et scande les actions. L'usage spécifique du montage lui permet au final de fragmenter les images.

Au travers d'un récit classique, Griffith réussit à imposer de nouveaux codes au cinéma américain qui lui sera sans doute redevable d'un film mémorable traduisant visuellement toute une épopée de son histoire pour placer, dès 1915, le spectateur au cœur d'un récit interactif. Il inspirera un autre film sudiste à grand spectacle, Autant en emporte le vent de Victor Fleming, tourné en 1939.

— Kristian FEIGELSON

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Écrit par

  • : maître de conférences, sociologue à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

<it>Naissance d'une natio</it>n, D. W. Griffith

Naissance d'une nation, D. W. Griffith

Autres références

  • NAISSANCE D'UNE NATION (D. W. Griffith), en bref

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 229 mots
    • 1 média

    Avec Naissance d'une nation, cinéma et Amérique se « fondent » l'un dans l'autre, D. W. Griffith (1875-1948) veut donner au cinéma américain un film digne de ce qu'il considère comme la plus grande nation du monde. Une épopée aux dimensions des États-Unis, dépassant par une mise en scène fastueuse,...

  • CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

    • Écrit par Marc CERISUELO, Jean COLLET, Claude-Jean PHILIPPE
    • 21 694 mots
    • 41 médias
    En l'espace de deux ans, grâce à deux films réalisés par D. W.  Griffith, le cinéma accède à la maturité. Naissance d'une nation (Birth of a Nation, 1915) et Intolérance (1916) concentrent tous les faisceaux jusqu'alors divergents du spectacle et de l'intimité, de l'épopée et du...

Voir aussi