BABITS MIHÁLY (1883-1941)

Poète surtout, et des plus éminents, mais aussi auteur de plusieurs romans remarquables, d'essais philosophiques et critiques, traducteur inspiré de Sophocle, de Dante, de Shakespeare, de Goethe, de Baudelaire et de Poe, co-directeur, puis directeur, à partir de 1934, de la revue Nyugat, maître à penser de toute une génération, Mihály Babits marqua de sa présence trente années de littérature hongroise. Sa culture riche et profonde, sa probité, la qualité permanente de son écriture l'avaient de bonne heure imposé comme le chef de file des écrivains qui retrouvaient le souci de leur dignité de lettré. Au-delà de ces constantes, cependant, son œuvre, imposant monument d'introspection, ne cessa de refléter les changements et les renouvellements d'un esprit qui avait tour à tour rejeté, accepté, combattu l'histoire. Tandis que sa haute conscience le disposait à se sentir responsable de la collectivité nationale et à mettre parfois la littérature au service du discours didactique, son besoin d'analyse lucide, son horreur de la spontanéité désordonnée, sa timidité aussi le forçaient à garder une distance à la fois ironique et aristocratique à l'égard des élans qui l'emportaient vers les régions extérieures au domaine de l'intelligence. Les synthèses qui expriment ce conflit intérieur témoignent de la noblesse du caractère et de la maîtrise de l'artiste.

La tour d'ivoire

Les débuts de Babits coïncident avec ceux de la revue Nyugat : à cette époque, la perspective d'un renouveau général, artistique et politique, tient en effervescence l'intelligentsia hongroise. Tout en épousant sans réticence la cause des Modernes, le poète se limite alors à la recherche des thèmes et des moyens d'expression inédits. Face au vitalisme d'Endre Ady, il propose l'idéal de perfection de l'homme de lettres. Ses premiers recueils, Feuilles de la couronne d'Iris (1908), Prince, l'hiver peut venir ! (1911) et Récitatif (1916) marquent la volonté de rejoindre la littérature européenne. Sous les diaprures d'un style changeant, nourri de manières aussi diverses que celles de Robert Browning, de Poe, de Tennyson, de Wilde, de Baudelaire, de Verlaine, de Carducci, de Liliencron, et orchestré souvent à l'aide de voluptueux rythmes antiques, comme en écho de Swinburne, se révèlent la tension, les inquiétudes et les crises d'une sensibilité intellectuelle formée à l'école de Spinoza, de Kant, de Schopenhauer, de Nietzsche et surtout de Bergson. Seul le sentiment demeure douloureusement enfoui sous les couches innombrables du savoir-faire poétique, et Babits constate avec résignation : « De mon cercle magique, impossible de fuir ! »

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Lille

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Dans le chapitre « Buisson ardent de talents »  : […] pour les mener, avec ceux de ses amis, à des hauteurs insoupçonnées. De son vivant, tous les poètes vivaient plus ou moins dans son ombre, et Mihály Babits lui-même (1883-1941), son plus cher ennemi, ne put donner toute sa mesure qu'après la mort de son aîné, en prenant la direction de Nyugat. Le « magister Hungariae » dut lutter pour se […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hongrie/#i_12877

Pour citer l’article

André KARATSON, « BABITS MIHÁLY - (1883-1941) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 août 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mihaly-babits/