PISIER MARIE-FRANCE (1944-2011)

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Actrice singulière et inventive de la Nouvelle Vague, également romancière et cinéaste, Marie-France Pisier est née le 10 mai 1944 à Dalat en Indochine (aujourd'hui Da Lat, Vietnam). Son père étant administrateur de la France d'outre-mer, elle passe l'essentiel de son enfance en Nouvelle-Calédonie. Ce sera le cadre et la source d'un roman écrit en 1984 dont elle tirera un film en 1990, Le Bal du gouverneur. Elle suit, comme sa sœur Évelyne, des études de droit public à Nice et à Paris. Elle sera également toujours une militante : contre la guerre du Vietnam comme pour les luttes en Amérique latine. En Mai-68, elle est proche de Daniel Cohn-Bendit. Féministe, elle signe, entre autres, en 1971, le Manifeste des 343 en faveur de l'avortement.

En 1961, alors qu'elle joue au théâtre en amateur, un journaliste niçois la présente à François Truffaut qui cherche la partenaire de Jean-Pierre Léaud pour la suite des aventures d'Antoine Doinel : « Une vraie petite jeune fille, pas une lolita, pas une “blousonne”... » Marie-France Pisier évoquera par la suite cette première rencontre : « Il ne me regardait pas vraiment, il ne s'intéressait qu'à ma voix. » Au rythme et au timbre de cette voix « blanche », « détonante » qu'on lui reprochera, à quoi Truffaut répondra : « Si ça marche un jour, ce sera à cause de cela. Le succès des comédiens se fait toujours sur leurs défauts. »

Dans le rôle de Colette (Antoine et Colette, sketch de L'Amour à vingt ans, 1962), Marie-France Pisier donne l'image de la jeune fille moderne, indépendante, décontractée, échappant au carcan de la famille traditionnelle et ne laissant pas les garçons empiéter sur sa liberté. Colette fascine Doinel par l'élégance naturelle de ses gestes, la beauté de son profil, l'aisance de son langage. Le personnage réapparaîtra dans la saga Doinel et Marie-France Pisier participera même étroitement au scénario de L'Amour en fuite (1979).

Marie-France Pisier

Photographie : Marie-France Pisier

Marie-France Pisier et Jean-Pierre Léaud dans Antoine et Colette, sketch de François Truffaut réalisé pour L'Amour à vingt ans (1962). 

Crédits : P.P. Film Polski/ Coll. Tout le cinéma/ D.R.

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« Star de la Cinémathèque ». En l'accueillant par ces mots sur le tournage du Corps de mon ennemi (H. Verneuil, 1976), Jean-Paul Belmondo ironisait sans doute sur cette « intellectuelle » actrice pour cinéphiles. La collégienne spontanée et inexpérimentée est pourtant devenue une star dans la foulée du sketch de Truffaut, partageant avec Bernard Blier la tête d'affiche des Saintes-Nitouches (1963). Succès populaire confirmé avec trois films de Robert Hossein, après quoi l'érotisme sophistiqué d'Alain Robbe-Grillet fait mouche (Trans-Europ-Express, 1967). Le jeu à multiples facettes de Marie-France Pisier se confirme en 1976 : un premier césar du second rôle la couronne pour le très déroutant Souvenirs d'en France d'André Téchiné et pour Cousin, cousine de Jean-Charles Tacchella, qui fait un triomphe inattendu aux États-Unis.

Sa carrière hollywoodienne tournera court. Marie-France Pisier, d'une exceptionnelle assiduité à la Cinémathèque, n'en aura pas moins été fêtée, dans les années 1960, aussi bien par les jeunes critiques des Cahiers du cinéma sous l'égide de Jacques Rivette que par Positif, pour qui « Louise Brooks et Marlène se penchèrent sur son personnage du Vampire de Düsseldorf [de R. Hossein] ». Ce sont les cinéastes de la post-Nouvelle Vague qui vont façonner le personnage de Marie-France Pisier et donner à l'actrice la liberté d'inventer et de surprendre sans cesse par cette oscillation constante entre légèreté et gravité, et cette voix dissonante, en décalage avec la situation (le « Foutaises, foutaises ! » de Souvenirs d'en France) : Jacques Rivette (Céline et Julie vont en bateau, 1974), André Téchiné (Barocco, 1976, qui lui vaut un second césar, puis Les Sœurs Brontë, 1979), Jacques Demy (Parking, 1985), Eduardo de Gregorio (Sérail)... Cette même ligne fantasque lui permettra de trouver place dans des films de Buñuel, Manuel Poirier, Raúl Ruiz... Ce qui ne l'empêche pas de donner force, vitalité et une insolence unique aux personnages que lui confient des réalisateurs plus convenus comme Verneuil, Gérard Oury (L'As des as, 1982) ou Yves Boisset.

Outre Le B [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Joël MAGNY, « PISIER MARIE-FRANCE - (1944-2011) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-france-pisier/