VAILLANT-COUTURIER MARIE-CLAUDE (1912-1996)

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Née à Paris le 3 novembre 1912, la fille de Cosette de Brunhoff et de Lucien Vogel, communiste et directeur de Vu, devait dire : « C'est la conscience de n'avoir pas eu d'autre effort à faire que celui de naître qui m'a donné une certaine conscience de classe. » Après ses études au collège Sévigné et aux Beaux-Arts, elle vécut à Berlin. Reporter-photographe, elle milita ensuite à Paris, dans l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires dont elle épousa le secrétaire général, Paul Vaillant-Couturier, rédacteur en chef de L'Humanité, célèbre pour un refrain qui affirmait : « Nous bâtirons un lendemain qui chante. »

Membre des Jeunesses communistes depuis février 1934, veuve en 1937, dirigeante des Jeunes Filles de France en 1938, elle suivit la ligne du P.C.F. et vécut, à partir de 1939, avec Roger Ginsburger, dit Pierre Villon, architecte et dirigeant communiste. Engagée dans la Résistance, elle fut arrêtée en février 1942. Déportée en janvier 1943, avec deux cent trente autres Françaises, dont 60 p. 100 allaient mourir dans les trois mois suivants, Marie-Claude Vaillant-Couturier connut les camps d'Auschwitz et de Ravensbrück. Aragon évoqua, dès la clandestinité, ses souffrances comme celles de Maïe Politzer, qui ne survécut pas dans la « géhenne dont le nom siffle et souffle une affreuse chanson : Auschwitz, Auschwitz, ô syllabes sanglantes ». On ignorait cependant que, avec son extension de Birkenau conçue pour le génocide, Auschwitz pouvait alors exterminer douze mille personnes par jour.

C'est en leur mémoire que Marie-Claude Vaillant-Couturier parla à son retour. Secrétaire de la Fédération démocratique internationale des femmes de 1945 à 1954, elle témoigna au procès des criminels de guerre nazis à Nuremberg, le 28 janvier 1946. Elle décrivit les paillasses de 2 mètres sur 2 où neuf détenues devaient se coucher, les appels nocturnes dans le froid et le hurlement des chiens, les rats s'attaquant aux mourantes. Parce qu'elle avait été employée au Revier (pseudo-infirmerie), elle put décrire les expériences de vivisection, de stérilisation et les infanticides. Elle fit aussi le récit des arrivées de trains où toutes les personnes âgées ou faibles et les enfants étaient dirigés directement vers la chambre à gaz. Elle cita le témoignage direct d'une jeune juive de Paris employée à déshabiller les bébés avant l'installation dans les pseudo-salles de douches ; elle fit aussi le récit d'un jour où, faute de capsules de gaz, le Sonderkommando jeta les enfants vivants dans des fosses remplies d'essence enflammée.

Procès de Nuremberg et procès de Tokyo, 1945-1946

Vidéo : Procès de Nuremberg et procès de Tokyo, 1945-1946

Le 20 novembre 1945, six mois après la capitulation sans condition de l'Allemagne, s'ouvre à Nuremberg le procès des dirigeants nazis. Hermann Göring, Rudolf Hess, Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel et quinze autres accusés, ayant tous plaidé non coupable, sont condamnés à mort ou à... 

Crédits : The Image Bank

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Rescapée de l'horreur, elle en fut un témoin inlassable ; elle présida la Fondation pour la défense de la mémoire de la déportation et défendit à l'Assemblée nationale, en 1964, le renforcement de la loi sur « l'imprescriptibilité du génocide et des crimes contre l'humanité ». Député de 1945 à 1958 et de 1962 à 1973, tour à tour de la Seine puis du Val-de-Marne, elle représenta toujours la circonscription Arcueil-Villejuif, dont son premier mari avait été l'élu. Marie-Claude Vaillant-Couturier resta une militante disciplinée du Parti communiste, même si elle ressentit comme « quelque chose de terrible » la révélation des crimes de Staline. Elle céda son siège de député à Georges Marchais, peu après que le passé de celui-ci, comme travailleur volontaire pour l'Allemagne nazie, eut été révélé à l'opinion par Charles Tillon, qui paya d'une exclusion définitive du P.C.F. son souci de la vérité.

Marie-Claude Vaillant-Couturier a continué à se battre, avec les rescapées des camps, au nom d'une « conception commune de la dignité à laquelle tout être humain a droit ». À l'annonce de son décès, le 11 décembre 1996, sa camarade Geneviève de Gaulle a dit : « Je pleure une sœur. » Le ministre des Anciens Combattants a déclaré que tous les combattants avaient « le devoir de se découvrir devant cette femme exceptionnelle pour laquelle l'idéologie la plus forte et la plus déterminée est restée l'amour de son pays, la France ».

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Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « VAILLANT-COUTURIER MARIE-CLAUDE - (1912-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-claude-vaillant-couturier/