WALDRON MAL (1925-2002)

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Comment classer un pianiste qui sut s'adapter, avec la même élégante efficacité, à tant d'esthétiques diverses, du bop au free jazz ? Accompagnateur idéal, Mal Waldron semble a priori ne pas avoir de style propre ; comme beaucoup de ses contemporains, il est nourri à la fois de Duke Ellington, de Bud Powell et de Thelonious Monk. L'instrumentiste, l'arrangeur et le compositeur développent néanmoins une manière très personnelle : l'économie des moyens, la prédilection pour les rythmes à trois temps, le goût pour la répétition de riffs cycliques et la fascination pour le silence construisent un monde sonore envoûtant que zèbrent parfois des percussions inattendues et d'agressives dissonances.

Malcolm Earl Waldron, fils d'émigrés jamaïcains, naît le 16 août 1925 à New York. Il commence à étudier le piano à l'âge de huit ans, s'initie vers seize ou dix-sept ans au saxophone alto, instrument qu'il délaissera rapidement. Il étudie, au Queens College de New York, la composition et le piano classique avec Karol Rathaus ; sa passion pour Bach, Chopin, Brahms et Satie se manifestera tout au long de son parcours. Il opte définitivement pour le clavier, accompagnant de 1949 à 1953 les saxophonistes « Big Nick » Nicholas et Ike Quebec. De 1954 à 1957, il joue au sein du Jazz Workshop de Charlie Mingus, dont l'influence sera déterminante sur ses conceptions musicales : il est des sessions d'enregistrement de l'album historique Pithecanthropus Erectus (1956), qui ouvre la voie au free jazz. Il enregistre avec le jeune John Coltrane, pour lequel il compose Soul Eyes, devenu un standard.

En 1957, Billie Holiday le choisit comme partenaire : Mal Waldron sera son dernier pianiste. Pendant les périodes de repos de la chanteuse, il dirige son propre ensemble au célèbre Five Spot Café new-yorkais. À la mort de « Lady Day », en 1959, il poursuit cette activité, tout en s'associant en 1961 au quintette que dirigent au Five Spot le trompettiste Booker Little et le poly-instrumentiste Eric Dolphy, quintette avec lequel il participe notamment aux albums Live at the Five Spot.

En juin 1965, Waldron décide de s'établir sur le Vieux Continent ; il résidera successivement à Rome, à Bologne, à Munich et à Bruxelles. Il se produit en Europe avec les chanteuses Abbey Lincoln et Jeanne Lee. En 1977, il enregistre un superbe album, One-Upmanship, avec, au saxophone soprano, un Steve Lacy au sommet de son art. À partir du début des années 1980, il refait de courtes apparitions aux États-Unis et se produit régulièrement au Japon, où il réside un temps.

Mal Waldron s'est aussi illustré dans la musique de film : The Cool World, de Shirley Clarke (1963), Trois Chambres à Manhattan, de Marcel Carné (1965, avec Martial Solal), Sweet Love, Bitter, de Herbert Danska (1967) et, en 1986, Tokyo Blues, de Haruki Kadokawa, dont la partition s'organise autour de l'un de ses thèmes les plus célèbres, Left Alone. En février 2002, il enregistre en duo avec Archie Shepp au saxophone ténor un magnifique album, Left Alone Revisited, « déclaration d'amour à Billie Holiday qu'ils ont connue à 15 ans » (Francis Marmande). Mel Waldron meurt à Bruxelles le 2 décembre 2002.

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Pierre BRETON, « WALDRON MAL - (1925-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mal-waldron/