MACROÉCONOMIESystèmes financiers

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Un système financier se définit par l'ensemble des règles, des pratiques et des institutions (Bourses de valeurs, banques, etc.) qui permettent de mobiliser des capitaux pour les mettre à disposition d'agents à besoins de financement. Ces besoins correspondent pour l'essentiel à des projets d'investissement d'entreprises, d'administrations ou de particuliers. Par conséquent, leur satisfaction concourt à l'accroissement de la capacité productive de l'économie.

On a d'ailleurs fait valoir depuis longtemps (notamment depuis les contributions de Raymond Goldsmith [1969] et de John Gurley et Edward Shaw [1955]) qu'il existait une relation entre le niveau de développement d'une économie et celui de son secteur financier. Le sens de la causalité reste toutefois difficile à déterminer, car il se peut que ce soit l'évolution du revenu ou de la richesse qui provoque l'extension des activités financières. Il existe sans doute une interdépendance entre les deux phénomènes ; la question a donné lieu à une abondante littérature (notamment Ross Levine, 1997). Mais, au bout du compte, on peut raisonnablement admettre que le développement du système financier est un facteur de croissance important, du moins jusqu’à un certain stade car l’histoire récente des économies avancées montre qu’une expansion excessive de la finance peut être contre-productive.

Il faut ajouter que le système financier affecte aussi la distribution des revenus et des richesses au sein de l'économie. On voit bien, en effet, que les conditions d'accès au crédit peuvent influer sur les inégalités. Selon que l'offre de financement s'adresse à des agents présentant des garanties (donc déjà riches) ou qu'elle touche une gamme plus large d'emprunteurs, elle est de nature à faire diverger ou converger les situations individuelles.

Pourquoi le secteur financier exerce-t-il ces effets d'entraînement et de structuration sur l'activité économique ? Quelles sont les caractéristiques des échanges financiers qui leur confèrent cette place apparemment privilégiée dans la dynamique de l'économie ? Par quels mécanismes l'intensité et les modalités de ces échanges affectent-elles la croissance ?

Pour répondre à ces questions, on va d'abord chercher à définir les fonctions qu'exerce le système financier. On s'interrogera ensuite sur les formes qu'il peut prendre en procédant à une analyse comparative des types d'organisations possibles qui combinent marchés et intermédiaires financiers. Enfin, on se demandera s'il existe une ou des configurations optimales des systèmes financiers, et quels en sont les déterminants.

Les fonctions du système financier

Pour permettre la rencontre de l'offre et de la demande de capitaux, un système financier doit assumer deux fonctions principales :

– produire les informations nécessaires à la réalisation des transactions financières ;

– traiter les risques d'investissements et les répartir au mieux entre les agents économiques.

La production d'information

L'orientation des capitaux vers les emplois les plus productifs nécessite le recueil et la gestion de nombreuses informations d'origines diverses. Sur les marchés financiers, les prix des titres reflètent les appréciations et les anticipations d'une multitude d'investisseurs. De même que les choix de portefeuille des institutions financières résultent de la collecte d'informations et des analyses effectuées pour le compte des déposants.

Mais la question n'est pas seulement de connaître les opportunités d'investissement. Car une opération de financement est une transaction de nature particulière. Dans le cas d'un échange de biens ordinaires (présentant une certaine homogénéité), l'objet de la transaction est en principe connu de l'acheteur et du vendeur : l'un et l'autre sont également informés de sa qualité. En revanche, lorsqu'un apporteur et un demandeur de capitaux se rencontrent, cette symétrie n'est généralement pas respectée. Il est, en effet, raisonnable de penser que le second en sait toujours plus que le premier sur ce qu'il va faire du financement qu'il sollicite, sur la rentabilité du projet qu'il entend mettre en œuvre, sur les résultats qu'il en obtiendra... On dit qu'il existe alors une asymétrie d'information, et ce phénomène est un obstacle sérieux à la réalisation de l'opération. Plus précisément, il engendre deux types de difficultés : un problème de « sélection adverse », qui rend difficile la fixation d'un prix d'équilibre entre l'offre et la demande de financement et un problème d'« aléa de moralité », qui hypothèque le respect des clauses du contrat financier.

– Sélection adverse. Si l'on considère que l'apporteur de capitaux ne peut connaître la qualité ou le risque des projets justifiant une demande de financement, alors, il demandera une rémunération qui sera fonction de la qualité ou du risque moyen des projets tels qu'il les apprécie. Ce qui revient à dire que les projets les moins risqués devront supporter une tarification trop élevée, tandis que les projets les plus risqués seront au contraire sous-tarifés. Dans ces conditions, les bons risques (évincés par les mauvais, d'où cette notion de sélection adverse) renonceront à leur demande de financement. Ce qui va réduire la qualité moyenne des projets, justifier une hausse de la rémunération requise, éliminer à nouveau une part des demandes de financement, et ainsi de suite... Au total, le marché des capitaux va se rétrécir et, éventuellement, disparaître. À tout le moins, on montre que, dans ces circonstances, l'offre de capitaux sera rationnée, c'est-à-dire que l'ajustement se fera par le volume de financement, faute de trouver un prix ou en l'occurrence une rémunération d'équilibre (Joseph Stiglitz et Andrew Weiss, 1981).

– Aléa moral. Le problème hypothèque d'autant plus le respect par les coéchangistes des clauses du contrat financier qu'il est difficile d'écrire précisément les droits et obligations de ces derniers dans tous les cas de figure envisageables. De ce fait, le demandeur de capitaux peut utiliser sa situation d'information privilégiée pour jouer contre les intérêts du créditeur. Il peut en particulier choisir un projet plus risqué que prévu, ou le mettre en œuvre selon des modalités différentes, cacher la réalité des résultats obtenus, etc. De sorte qu'ici encore la position asymétrique des co-contractants peut rendre impossible, ou du moins difficile la réalisation de l'opération.

L'une des fonctions essentielles de tout système financier est d'apporter des solutions à ces problèmes. Cela passe par un système juridique qui préserve au mieux les intérêts des apporteurs de capitaux ; par des règles qui garantissent la qualité et la bonne diffusion des informations utiles aux investisseurs ; par une organisation des marchés de capitaux qui assure des échanges équitables (excluant les manipulations de cours ou le [...]

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Pour citer l’article

Jean-Paul POLLIN, « MACROÉCONOMIE - Systèmes financiers », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/macroeconomie-systemes-financiers/