SVOBODA LUDVÍK (1895-1979)

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Soldat dans l'armée austro-hongroise, Ludvík Svoboda déserte en 1917 pour rejoindre les rangs de la Légion tchèque qui combat en Russie. Il ne prend pas alors le parti des bolcheviks comme le fait la minorité de légionnaires communisants menée par l'écrivain Jaroslav Hašek ; après avoir quitté la légion en 1920, il sert dans l'armée tchèque de 1922 à 1929. De 1931 à 1934, il est professeur dans une académie militaire mais son avancement reste très lent ; en 1938, il n'est que chef de bataillon. En 1939, il passe en Pologne où, en tant que lieutenant-colonel, il prend la tête de la Légion tchèque et slovaque forte de 3 000 hommes ; il se heurte alors à la volonté expansionniste des Polonais. Il réussit à obtenir des Soviétiques le départ de presque tous les volontaires vers l'Occident et gagne l'U.R.S.S. avec quatre-vingt-treize officiers et soldats. Il joue un rôle très important dans l'organisation des brigades tchécoslovaques qu'il mène au feu durant l'été de 1943 sur le front de Koursk. Décoré des plus hautes distinctions soviétiques, il est le symbole de la résistance armée des Tchécoslovaques au sein du Comité de tous les Slaves et apparaît comme tel au cours des meetings des soldats slaves.

Du 4 avril 1945 au 25 avril 1950, le général d'armée Svoboda est ministre de la Défense nationale. Sans parti, cet ami de Khrouchtchev est d'abord proche des sociaux-démocrates puis compagnon de route des communistes. Sans purger le corps des officiers, il réussit à leur adjoindre un nombre important d'éléments communistes, par le biais des anciens partisans ainsi que des secteurs du renseignement et de l'éducation civique. En février 1948, ses déclarations ambiguës et sa politique de neutralisation de l'armée sont d'un grand secours et servent le arti communiste lors de la prise du pouvoir. Adhérant alors au parti, il est élu député et devient très vite membre du présidium du comité central. Résistant aux purges que réclament les hommes de l'appareil menés par Slansky et Reicin, il obtient en avril 1950 la vice-présidence du Conseil des ministres et la charge de l'éducation physique.

La direction du parti bolchevique, c'est-à-dire Staline, ayant fait part, dans une lettre du 8 avril 1950, de son manque de confiance en lui, Slansky promet en janvier 1951 à Moscou de se défaire de cet homme « étranger au parti » et entouré « d'anciens légionnaires et d'émules des doctrines militaires occidentales ». Svoboda tombe alors en disgrâce et devient de 1953 à 1955 comptable d'une coopérative agricole. Sur intervention personnelle de Khrouchtchev, il est réhabilité au printemps de 1956 avec certains de ses adjoints ; il retrouve alors la chambre, où il s'occupe des questions agricoles avant de prendre la direction de l'Académie militaire (1955-1959). Il sera commandant en chef de l'armée tchèque au début 1968. Alors qu'il vient d'être admis à la retraite, il est désigné à l'unanimité, le 28 mars 1968, comme candidat du comité central à la présidence de la République. Auréolé de son prestige de soldat et d'homme intègre, ami sincère de l'U.R.S.S., il est élu triomphalement deux jours plus tard à la place de Novotny, et rallie, malgré l'opposition des étudiants les plus progressistes, tous les suffrages de la classe politique. Persuadé de la possibilité d'une entente avec les Soviétiques, homme d'ordre aimant l'apparat, il préconise à Čierna, à la fin de juillet, d'accéder aux demandes de l'U.R.S.S. qui réclame les têtes des dirigeants les plus indépendants.

Toutefois, lors de l'invasion du 21 août 1968, il refuse d'entériner la nomination du « gouvernement ouvrier-paysan » constitué illégalement par les partisans de Novotny et par les occupants soviétiques. Ceux-ci changent alors de tactique et, tout en procédant à une évacuation des grandes villes, invitent Svoboda à Moscou avec Husák et les novotnystes modérés. Svoboda exige alors comme préalable la libération de Dubček, de Simon et de Černík et leur adjonction à la délégation tchécoslovaque. Signant les accords de Moscou du 26 août qui acceptent le stationnement « provisoire » des troupes sans limitation de temps, il explique à la nation qui s'est mobilisée autour de son nom (svoboda signifie « liberté » en tchèque) qu'il convient de sauver l'essentiel et de demeurer unis. Il inaugure en réalité ce que l'on nommera la normalisation, espérant convaincre Dubček de ses bienfaits. Ce faisant, il perd progressivement le capital de confiance dont il jouissait auprès de la population, en particulier auprès des ouvriers ; il ne parviendra pas à persuader ceux-ci, à la mi-janvier 1969, de la justesse de la mise à l'écart de Smrkovsky et de la nécessité de produire plus. En avril 1969, cédant aux menaces du maréchal Gretchko, il dresse l'armée et la sécurité contre Dubček ; celui-ci doit démissionner et Svoboda préfère la candidature de Husák à celle du dubčekien Černík. Dès lors, la machine à remonter le temps se met en place et efface jusqu'aux traces du Printemps de Prague. Désormais Svoboda n'assume plus qu'un rôle de représentation, perdant en avril 1969 ses fonctions au comité exécutif de la présidence du comité central ; réélu en 1973 malgré sa maladie, il quitte progressivement le devant de la scène et est remplacé à la présidence de la République par Gustáv Husák en 1975.

Deux fois héros de l'Union soviétique, titulaire d'un prix tchécoslovaque de la Paix qui lui est décerné en 1968, Prix Lénine en 1970, cet homme, en qui se mêlent un courage et un goût du faste tout militaires, est le type même de ces vieux officiers, patriotes, admirateurs de la puissance des institutions d'État communiste.

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Écrit par :

  • : docteur de troisième cycle, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, diplômé de l'École nationale des langues orientales, chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Vladimir Claude FISERA, « SVOBODA LUDVÍK - (1895-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ludvik-svoboda/