JOBLOT LOUIS (1645-1723)

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Le naturaliste français Louis Joblot est né à Bar-le-Duc, le 9 août 1645, très probablement dans une famille de marchands relativement aisés. On sait peu de choses sur sa vie et ce que l’on sait vient presque entièrement d’une biographie de 1895 rédigée par Wlodimir Konarski et publiée à Bar-le-Duc. D’abord apprenti chez un graveur à Paris, il est en 1680 professeur de géométrie à l’Académie royale de peinture et de sculpture, l’ancêtre de l’Académie des beaux-arts. Après un voyage en Italie, on le trouve professeur de perspective et de géométrie au sein de la même académie où il enseigne les principes de la vision. Joblot est surtout connu pour sa publication de 1718 intitulée Descriptions et usages de plusieurs nouveaux microscopes, tant simples que composez, et publiée chez Jacques Collombat à Paris. Cet ouvrage est édité plusieurs fois et une version augmentée paraît, bien après la mort de Joblot, chez Briasson, à Paris, en 1755, et sera traduite en anglais. Joblot est abondamment cité pendant presque tout le xviiie siècle, puis son renom s’efface devant les contributions scientifiques d’Antonie Van Leeuwenhoek, le naturaliste hollandais, davantage popularisées.

L’ouvrage comprend deux grands chapitres. Le premier, très technique, concerne la fabrication de microscopes simples ou composés à plusieurs lentilles, en général quatre. La partie mécanique du microscope (dispositif de mise au point et de tenue des lames) est décrite en détail. La partie optique l’est moins, de manière surprenante, les lentilles n’étant définies que par leur focale. Joblot préconise l’usage du diaphragme pour contrôler la luminosité. Il discute aussi abondamment du support sur lequel doit se trouver le matériel observé. Les meilleurs microscopes de Joblot devaient atteindre un grossissement d’environ 400 fois, soit deux fois plus que celui de Van Leeuwenhoek. Quelles qu’aient été les qualités des microscopes de Joblot, l’histoire de la biologie retient surtout l’usage qu’il en a fait : il est le premier à examiner des microorganismes vivants et à les dessiner. Enfin, il conçoit des chambres cylindriques transparentes dotées d’une lentille grossissante qui permettent l’observation d’insectes vivants pendant plusieurs jours.

Le second grand chapitre de l’ouvrage est intitulé « Nouvelles observations, faites avec de nouveaux microscopes, sur une multitude innombrable d’insectes, & d’autres animaux de diverses espèces, qui naissent dans des liqueurs préparées, & dans celles qui ne le sont point ». Joblot observe ainsi, dans des infusions de divers végétaux (le poivre et le foin vieilli notamment) des microorganismes vivants (appelés à l’époque animalcules). Pour cela, il est le premier à emprisonner une fine couche de liquide entre une lame et une lamelle, pour en faciliter l’observation au microscope. Ces animalcules n’ayant jamais été décrits, il leur attribue des appellations génériques de poissons, comme les « anguilles », ou d’oiseaux, comme les « cygnes », et des noms évocateurs, comme « chenille dorée », « grenade », « araignée », etc. Derrière ces appellations d’une délicieuse fantaisie, le naturaliste identifiera sur les planches du livre un grand nombre de protistes connus de nos jours.

D’où viennent ces animalcules ? Pour en étudier l’origine, Joblot se livre à des expériences qui préfigurent celles de Louis Pasteur concernant la génération spontanée. Francesco Redi, en 1668, s’était également attaqué à la génération spontanée des insectes en démontrant qu’ils sont le produit d’animaux semblables à eux. Joblot en fait la démonstration sur d’autres insectes mais, surtout, il utilise un dispositif expérimental pour montrer que la prolifération d’animalcules dans l’eau est due à d’autres animalcules apportés par l’air. Pour cela, il prépare une infusion de foin, bouillie pendant quinze minutes, et en verse la moitié encore bouillante dans un récipient qu’il ferme immédiatement, et l’autre moitié dans un récipient qu’il laisse à l’air libre. Au bout de quelques jours, les animalcules prolifèrent dans le récipient resté ouvert, et pas dans le premier. Et si le premier récipient est ensuite laissé à l’air libre, des animalcules y prolifèrent. Les mouches de Redi naissent d’œufs de mouche et les animalcules naissent d’ [...]

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Écrit par :

  • : chercheur en histoire des sciences, université Paris-VII-Denis-Diderot, ancien chef de service à l'Institut Pasteur

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  • Écrit par 
  • André BRACK
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Pour citer l’article

Gabriel GACHELIN, « JOBLOT LOUIS - (1645-1723) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-joblot/