WACQUANT LOÏC (1960- )

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Système pénal et structure sociale

Dans le contexte d'hyperincarcération propre aux États-Unis, la proximité sociale du ghetto et de la prison l'a conduit logiquement à s'intéresser de près aux usages de la pénalité à l'ère néolibérale. Dans un effort de dépassement de l'opposition trop simple entre les théories matérialistes, d'inspiration marxiste, et les théories symboliques, d'inspiration durkheimienne, de la pénalité, Loïc Wacquant décrit la prison comme une institution politique qui serait finalement assez peu, voire pas du tout, liée à l'état de la criminalité à une époque donnée. L'usage intensifié de la prison et de la pénalité ne serait qu'un élément parmi d'autres de la construction d'un État libéral-paternaliste dont l'analyse requerrait de penser ensemble le redéploiement disciplinaire – concomitante de la déréglementation du marché du travail non qualifié et de la réaffirmation de la « responsabilité individuelle » – et le développement fulgurant du secteur pénal.

Comme l'auteur aime à le répéter, dans le cadre de la révolution néolibérale, le poing de fer de l'État pénal et la main invisible du marché dérégulé seraient structurellement et fonctionnellement liés et complémentaires. Les dimensions symboliques du système pénal sont particulièrement perceptibles et saillantes lorsque Loïc Wacquant détaille comment, après l'esclavage, le système ségrégationniste des lois Jim Crow et le ghetto, la prison et l'hyperghetto constituent conjointement la quatrième « institution particulière » productrice de la race noire, en redéfinissant la citoyenneté par l'intermédiaire de la production d'une culture publique racialisée de stigmatisation des criminels.

En ce sens, les travaux de ce chercheur lui ouvrent de larges perspectives pour les années à venir : le déploiement des concepts de Bourdieu dans le contexte de l'hyperghetto et de l'hyperincarcération américaine l'amènent à poursuivre de nouvelles pistes en sociologie des rapports sociaux de « race » – saisie comme propriété disp [...]


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Pour citer l’article

Gilles CHANTRAINE, « WACQUANT LOÏC (1960- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/loic-wacquant/