Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

LOGEMENT OUVRIER

  • Article mis en ligne le
  • Modifié le
  • Écrit par

Révision d'un procès

Ainsi donc des réalités sociales nouvelles contredisent-elles des mythes anciens, porteurs de significations contrastées – positives aux yeux du patronat, souvent très négatives de l'avis des organisations syndicales ou politiques liées au mouvement ouvrier. Une population renouvelée s'installe, dans le contexte d'une rupture complète entre des industries éteintes et leur environnement appelé à suivre un destin indépendant.

Les mythes qui se sont développés autour du logement ouvrier concernaient d'autres formes de ce logement : celles auxquelles les ouvriers accédaient par leurs propres moyens – moyens de misère, bien souvent – auprès de propriétaires spéculateurs habiles à tirer profit d'une clientèle pauvre, en lui offrant un « produit » immobilier exigu et malsain, telles les fameuses « courées » de l'agglomération lilloise. Ou encore, en développant dans les grandes villes (dans les quartiers de l'Est parisien, notamment), un habitat collectif aux matériaux de qualité médiocre, caractérisé par la densification et l'entassement de la population.

Les groupements de logements ouvriers qui par centaines ont essaimé en Europe au rythme même de son industrialisation constituent pour leur part une catégorie hétérogène. On ne peut porter sur eux un jugement qualitatif global tant il est vrai que le logement ouvrier d'initiative patronale n'a jamais été conçu pour loger tous les effectifs employés par l'entreprise, ni pour devenir le noyau d'une urbanisation complexe, sauf exception (au Creusot, par exemple).

Si un mythe critique a pu se développer autour du logement ouvrier d'initiative patronale, ce n'est pas tant parce que certaines réalisations ont frappé par leur pauvreté, leur laideur et leur inconfort, mais surtout pour des raisons morales et idéologiques. Ce type de logement a vu inscrire à son passif le fait d'exprimer une volonté de maintenir sous tutelle une classe ouvrière enfermée dans un cadre de vie quasi disciplinaire et, en tout cas, moralisateur : instrument d'amélioration du rendement et d'anesthésie de la volonté revendicative ; incitation à l'ascension sociale interne à l'entreprise à travers la hiérarchisation rigoureuse des logements, calquée sur celle des fonctions dans l'usine.

Critique fondée ici, mythe ailleurs, car seule une minorité de grandes entreprises ou de patrons utopistes ont jamais eu réellement le projet d'accompagner l'usine d'une structure globale de société. Le logement est un terrain sur lequel des compromis sociaux se sont réalisés tacitement ou explicitement.

— Maria Teresa MAIULLARI

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : responsable du programme international de l'écomusée de la communauté urbaine Le Creusot-Montceau

Classification

Pour citer cet article

Maria Teresa MAIULLARI. LOGEMENT OUVRIER [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • PATRIMOINE INDUSTRIEL (France)

    • Écrit par et
    • 6 548 mots
    • 2 médias
    ...décrite au Creusot, où une seule famille règne sur des milliers d'individus, se retrouve également à la chocolaterie Menier à Noisiel (Seine-et-Marne), dotée d'une cité ouvrière : maisons individuelles pour les couples mariés et pensions de famille pour les célibataires, bains-douches, crèches, garderies,...