MARATHE LITTÉRATURE

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XVe et XVIe siècles

La tradition manuscrite marathe présente des lacunes considérables. On ne possède aucun manuscrit d'avant le xvie siècle, et toutes les œuvres antérieures, comme aussi maintes autres plus tardives, doivent avoir été longtemps transmises oralement avant d'être mises par écrit. De plus, on constate pendant tout le xive et le xve siècle un trou, sans doute dû aux troubles de la conquête musulmane et qui n'est que partiellement comblé par un certain nombre d'auteurs mineurs (beaucoup sont de la secte Mahānubhāv) et par le personnage insaisissable de Nāmdev. Poète, de la caste des tailleurs (śimpī), Nāmdev, suivant la tradition, fut un disciple et un contemporain de Jnāndev, mais ses vers contiennent des références à des poètes de la fin du xve siècle tel Kabīr. On suppose que s'est produite une confusion inextricable entre plusieurs Nāmdev, dont l'un au moins était un poète du xvie siècle appelé Viṣṇudās Nāmā, et un autre – le premier en date – peut-être quelque poète religieux du xive siècle dont les œuvres ont été mêlées aux 2 500 abhanga (courts poèmes, psaumes en marathe) attribués à Nāmdev et d'une époque nettement postérieure.

En l'absence d'une analyse linguistique rigoureuse qui puisse éclaircir ce problème, on peut seulement dire que le sentiment de bhakti (dévotion personnalisée envers Dieu) qui pénètre ces abhanga paraît indiquer qu'ils émanent de la vague de bhakti qui a submergé l'Inde à la fin du xve siècle et au début du xvie siècle, et dont les hautes figures ont été Caitanya, Kabīr, Mirābāī et Narsiṃha Mehtā en gujarātī. Signalons que la plus grande partie de la poésie bhakti en marathe est consacrée à Viṣṇu sous la forme de Viṭhobā (ou Viṭṭhala), vénéré dans le sanctuaire de Pandharpur, une petite ville sur la rivière Bhima.

Avec Eknāth (1548-1600), on arrive enfin à une période moins incertaine. Eknāth, né à Paithan, était brahmane et, bien qu'il ait écrit beaucoup d'abhanga qui sont encore chantés par les adorateurs de Viṭhobā, il est surtout connu comme le premier poète érudit, le premier (à part la secte de Mahānubhāv) à avoir donné des versions populaires des grandes épopées et des purāṇa. Les plus notables sont son Bhāgavata-putāna, son Rukmiṇī-svayaṃvara et le Bhāvārtha-Rāmāyaṇa resté inachevé. Il fut également le premier éditeur du Jnāneśvarī, pour lequel il recueillit toutes les versions disponibles et établit un texte aussi « pur » que possible, mettant d'avance au défi, dans un colophon célèbre, tous les scribes qui voudraient le remanier : « Si quelqu'un ajoute un seul vers marathe à ce Jnāneśvarī, ce sera comme s'il jetait une écorce de noix de coco dans une coupe de nectar. »

Simultanément, sous l'égide de missions catholiques, un nouveau sujet de littérature prenait naissance. Le premier à le traiter fut le père Thomas Stephens (Thomaz Esteyão, mort en 1619), qui fut aussi le premier Anglais à avoir écrit en marathe. Ce jésuite était presque le contemporain d'Eknāth, mais il a puisé pour son purāṇa chrétien (Kristapurāṇa) à une tout autre source. Arrivé à Goa en 1579, il acheva, vers 1600, de composer en marathe konkani (koṅkaṇī) – le dialecte de Goa – ce poème de onze mille vers qui est pour les savants un document inestimable. Publié en 1615 dans une transcription romane, il révèle en effet beaucoup de phénomènes linguistiques masqués en écriture devanāgarī ; c'est, en outre, une œuvre de valeur sur le plan littéraire. Il fut aussi l'auteur de la première grammaire marathe konkani.

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Écrit par :

  • : professeur de marathi et gujarati, School of Oriental and African studies, université de Londres (Royaume-Uni)

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Pour citer l’article

Ian RAESIDE, « MARATHE LITTÉRATURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/litterature-marathe/