LES AMOURS, Pierre de RonsardFiche de lecture

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Ronsard, « prince des poètes »

Dans une langue élaborée et étincelante, le recueil de Cassandre se compose de décasyllabes au rythme dansant comme la jeunesse, qui disent l'illumination amoureuse dans un univers quasi panthéiste : « Amour, Amour, que ma maîtresse est belle !/ Soit que j'admire ou ses yeux, mes seigneurs,/ Ou de son front la grâce et les honneurs,/ Ou le vermeil de sa lèvre jumelle » (49)

L'héroïne du Second Livre est une paysanne, Marie, et le style qui la chante, familier et enjoué, se différencie de celui qui convenait à Cassandre, noble demoiselle : « Marie, vous avez la joue aussi vermeille/ Qu'une rose de mai, vous avez les cheveux/ De couleur châtaigne, entrefrisés de mille nœuds,/ Gentement tortillés tout autour de l'oreille » (10). Ronsard le qualifie de « beau style bas ». À partir de 1578, avec l'ajout de la deuxième partie Sur la mort de Marie, de ton évidemment plus grave, le recueil semble se rapprocher du modèle de Pétrarque (qui célébrait d'abord la vie, puis la mort de Madonna Laura), mais c'est de loin. Dans les Amours de Marie, malgré les tristesses, les dépits, les jalousies et la mort, c'est la joie d'aimer, la beauté des dames et l'allégresse de la nature qui l'emportent : « Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose... » (Second Livre, 4).

Le dernier canzoniere, à Hélène, est beaucoup plus tardif. Il paraît vingt-cinq ans après les premières Amours et s'adresse à une demoiselle de la cour formellement identifiée, Hélène de Surgères. Le schéma narratif, plus clair, cesse d'être « orthodoxement » pétrarquiste, si tant est que les précédents recueils l'aient été : le poète aime non point par un coup de foudre mais « par élection », parce qu'il l'a voulu. Il se lamente de la cruauté de la dame, il la loue, il l'encense, mais il lui arrive aussi de la traiter sans ménagement : « Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,/ Assise auprès du feu, dévidant et filant,/ Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :/ „Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle“ » (43). À la fin, il s'en lasse et le dit sans ambages : « Te serve qui voudra, je m'en vais... » (74). Les Sonnets pour Hélène créent un nouveau style de canzoniere : la dame ne ressemble guère à ses devancières. Le poète la chante dans une langue superbe, sur un ton de noblesse familière qui surprend parfois. Jamais l'alexandrin n'a été à pareille fête.

La plus grande partie de l'œuvre immense de Ronsard, salué en son temps comme le « prince des poètes », n'est plus guère fréquentée que par les spécialistes. Après le purgatoire que lui ont infligé les classiques (Boileau, dans l'Art poétique (1674) le traite d'« orgueilleux » et évoque son « faste pédantesque »), c'est en redécouvrant ses Amours que le xixe siècle a réhabilité le poète, et c'est surtout pour ses Amours qu'il est aujourd'hui connu et apprécié du public.

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Pour citer l’article

Yvonne BELLENGER, « LES AMOURS, Pierre de Ronsard - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-amours/