STOKOWSKI LEOPOLD (1882-1977)

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Figure exceptionnelle dans la musique du xxe siècle, le chef d'orchestre américain Leopold Stokowski, de son vrai nom Antoni Stanislaw Boleslawowicz, meurt le 13 septembre 1977 à Nether Wallop (Hampshire), en Angleterre, où il était né, à Londres, le 18 avril 1882, d'une mère irlandaise et d'un père polonais installé comme ébéniste.

Stokowski

Photographie : Stokowski

Le chef d'orchestre américain Leopold Stokowski (1882-1977), ici en 1961. 

Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

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L'essentiel de sa carrière, longue de soixante-dix ans, se déroula dans le Nouveau Monde, auquel Stokowski révéla, de façon parfois controversée, mais toujours originale, bien des aspects de la musique classique ainsi que les œuvres des plus brillants des compositeurs modernes.

Il avait fait sa dernière apparition publique en 1975 au festival de Vence, où il dirigea, à la tête de l'Orchestre de chambre de Rouen, ses fameuses transcriptions des sonates de Bach, qui firent tant pour sa célébrité outre-Atlantique tout en lui aliénant les puristes.

Car Stokowski appartenait à la race des originaux. Par goût de l'excentricité ou sens de la publicité, il défraya souvent la chronique tant musicale que mondaine. Trois mariages suivis de trois divorces et d'une liaison avec Greta Garbo attestent une existence mouvementée.

En 1926, il se met à diriger sans baguette, et les belles mains fines de ce play-boy élégant entrent dans la légende. Stokowski avait aussi l'habitude de disposer tous les violons à sa droite, affirmant qu'il en obtenait ainsi une meilleure sonorité. Il fut l'un des premiers à faire une place, dans l'orchestre, aux femmes et aux instrumentistes noirs.

C'est dans cet esprit qu'il fonda, en 1962, l'Orchestre symphonique américain, à la tête duquel il devait créer, durant dix ans, de nombreuses œuvres américaines, dont la Quatrième Symphonie de Charles Ives.

Doué d'une imagination fertile et d'un goût insatiable pour la nouveauté, Stokowski a sans cesse battu en brèche la tradition et ferraillé avec l'orthodoxie. Ainsi a-t-il compris d'emblée le parti que le musicien pouvait tirer de l'invention de la radio et de l'enregistrement électrique. Et il ne sera pas le dernier à utiliser le microsillon, puis la stéréophonie. Lorsqu'il prend congé du public, en 1975, c'est pour graver des disques. Dans un geste de défi au destin, il s'était même lié par contrat avec une firme américaine jusqu'à l'âge de cent ans...

L'extraordinaire intuition qui l'habitait se fondait sur une culture musicale sans faille. À peine avait-il atteint l'âge de raison que le jeune Leopold jouait, indifféremment au piano ou au violon, Mozart, Beethoven, Brahms, Chopin et Debussy. C'est le roi des instruments, l'orgue, qui devait pourtant le fasciner au point de provoquer une passion pour Jean-Sébastien Bach, dont il apprit par cœur l'œuvre pour clavier. Il a tout juste vingt ans lorsqu'il est nommé organiste et chef de chœur à St. James de Piccadilly, à Londres. Trois ans plus tard, en 1905, il occupe les mêmes fonctions à l'église St. Bartholomew de New York.

Effectuant avant la Première Guerre mondiale un véritable tour des capitales de la musique, comme cela se pratiquait au xixe siècle, Stokowski fait ses classes de Vienne à Paris en passant par Berlin, Londres et Munich. Et lorsqu'il commence à diriger, il possède la technique de tous les instruments qui composent l'orchestre, s'assurant ainsi une autorité incontestée sur les musiciens. C'est cette incomparable expérience qui lui permet, durant le quart de siècle où il demeure à sa tête, d'élever l'Orchestre de Philadelphie au plus haut niveau, avant de le laisser à Eugene Ormandy. Il s'était en effet installé aux États-Unis en 1912 et avait pris la nationalité américaine en 1915, tout en conservant sa qualité de sujet britannique.

Durant tout l'entre-deux-guerres, Stokowski se trouve aux avant-postes de la vie musicale américaine et se fait le champion de la musique de son temps. Ainsi crée-t-il sur le nouveau continent Le Sacre du Printemps de Stravinski et les Gurrelieder de Schönberg, sans parler d'œuvres de Mahler, Richard Strauss, Berg, Scriabine, Prokofiev, Sibelius, Varèse et Chostakovitch. Quant à son amitié avec Rachmaninov, quelques précieux enregistrements en portent témoignage.

Dans le même temps, Stokowski fondait des concerts pour les jeunes, passait – en pionnier – un an en Asie pour étudier la musique des Indes, de Java et de Bali, s'initiait à la vie des studios de Hollywood, apparaissant dans plusieurs films. Dès 1929, il fait jouer l'Orchestre de Philadelphie dans un programme radiophonique commercial. Car, sur bien des points, sa carrière va préfigurer celle de Leonard Bernstein. Aussi bien son plus grand succès fut-il, en 1940, le fruit de sa collaboration avec Walt Disney, Fantasia, célèbre dessin animé consacré à la musique classique. Des millions d'Américains découvrent, du jour au lendemain, que cette silhouette racée en ombre chinoise qui serre la main de Mickey entre l'exécution de la Pastorale et celle de L'Apprenti sorcier s'appelle Stokowski.

La même année, il crée l'Orchestre des jeunes de toute l'Amérique (All-American Youth Orchestra), dont la moyenne d'âge est de dix-huit ans. Puis, à la demande du maire de la ville, il constitue le New York City Orchestra. Après être devenu avec Dimitri Mitropoulos codirecteur du New York Philharmonic, il revient en 1949 diriger à Londres, où il n'avait pas reparu depuis 1912, prétendant que la capitale britannique ne possédait pas de bonne salle de concert. Pendant vingt ans, il va encore se produire à la tête des plus grands orchestres européens, à l'Ouest comme à l'Est. C'est à quatre-vingt-sept ans, en juin 1969, qu'il fait sa dernière apparition sur une scène parisienne, à la tête de l'Orchestre de Paris. Petit, mince, crinière blanche, il surprend les musiciens français en arrivant aux répétitions ganté de gris perle. L'âge n'avait entamé ni son élégance ni le souci de sa personne.

Dépositaire d'une tradition dont il n'ignorait rien, Leopold Stokowski n'a pas hésité, pour mieux faire connaître la musique classique, à l'intégrer au monde du show business et à en faire un spectacle. Esprit curieux des innovations technologiques et passionné par toutes les créations de son temps, ayant dirigé, grâce à une extraordinaire longévité, quelque sept mille concerts et signé des centaines de disques, il fut un pont entre l'art de l'Ancien Monde et celui du Nouveau.

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Écrit par :

  • : chef de la rubrique musicale et critique musical au journal Le Figaro

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Pour citer l’article

Jacques DOUCELIN, « STOKOWSKI LEOPOLD - (1882-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leopold-stokowski/