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SPILLIAERT LÉON (1881-1946)

Lorsque Léon Spilliaert naît en 1881 à Ostende, Puvis de Chavannes peint Le Pauvre Pêcheur qui marque un jalon important du symbolisme français. Celui-ci n'atteignit jamais à la pureté et à l'authenticité du symbolisme belge dont Spilliaert fut un des plus illustres représentants pour la peinture, tandis que Maurice Maeterlinck le portait à sa plus haute expression dans l'ordre de la poésie. Peut-être cet État surgi du plat pays et des tractations diplomatiques de l'Angleterre et de la France, obstinées à contrer toute tentative d'échafauder un État allemand, offrait-il un écran des plus propices à l'apparition de mirages et disposait-il mieux à une attente angoissée autant que silencieuse qui est un des traits de l'art belge de cette époque.

C'est aussi ce qui explique que la Belgique fut, artistiquement parlant, le terrain de rencontre et d'entente de la culture allemande et de la culture française. Stefan Zweig, en 1910, dans son essai sur Verhaeren, reconnaissait là un des principaux contrastes de la « race belge ». Le symbolisme belge fut un mouvement artistique très original qui n'expira pas rapidement comme tous les autres mouvements artistiques modernes. Il connut au contraire une pérennité surprenante, trouva un prolongement naturel dans le surréalisme de Delvaux ou de Magritte et se survécut même dans l'œuvre plus contemporaine d'un Marcel Broodthaers. En revanche, cette continuité, rare dans l'inspiration collective, présente un revers maléfique dans la destinée des individus, qui semblent tous avoir été condamnés à voir disparaître de leur vivant ces épiphanies de génie qu'ils avaient connues dans leur prime jeunesse.

Un art littéraire

Ainsi en va-t-il de ces deux artistes qui eurent une influence déterminante sur Spilliaert : James Ensor, dont l'œuvre de maturité n'est que la version aplatie, affaiblie et répétée de ses premières réussites, Maeterlinck, qui, après le très recueilli Trésor des humbles (1896) et la mystique naturelle de son Intelligence des fleurs (1907), devait se faire l'hagiographe de Salazar ; Spilliaert n'échappa pas non plus à ce sortilège dénaturant le talent. Si son œuvre demeure, ce n'est sans doute ni par son émotivité ni par sa compréhension de la nature, de l'histoire, de l'époque, du destin de l'art, mais parce qu'il fut le miroir à peine déformant d'une Europe à l'âme moribonde, en proie au nihilisme et tarabustée par des démons.

Fils d'un parfumeur – créateur de « Brise d'Ostende » – fournisseur à la cour de Léopold II, Léon Spilliaert, enfant taciturne, ne suivra pas un cursus académique. Malgré sa brève fréquentation de l'Académie de Bruges, il est essentiellement autodidacte, davantage nourri de lectures poétiques et philosophiques (principalement Nietzsche, dont il donnera plusieurs portraits imaginaires) que de pratique d'atelier. On peut à bon droit parler d'art littéraire à son propos, une tendance qu'il partage avec bon nombre de ses compatriotes artistes. C'est d'ailleurs sa rencontre avec un éditeur bruxellois, Edmond Deman, qui sera pour lui décisive. Chez lui, il découvrira les œuvres de James Ensor, Fernand Khnopff et Théo Van Rysselberghe. « Une des plus fortes impressions de ma vie. Jamais je ne fus troublé ou charmé davantage. [...] [Ensor] évoquait vraiment à mes yeux un monde nouveau. Il fut la secousse qui ébranla mon âme et décida, peut-être, de ma vocation artistique. » Et c'est par l'éditeur de Maeterlinck qu'il fera la rencontre d'Émile Verhaeren dont il sera proche jusqu'à la fin prématurée de celui-ci. Ensor est l'une des seules influences qu'il ait bien voulu reconnaître en peinture, même s'il déclarera plus tard dans une réponse à une enquête de 1926, avec le ton d'infatuation désagréable qui lui[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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<em>La Buveuse d’absinthe</em>, L. Spilliaert

La Buveuse d’absinthe, L. Spilliaert

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