DUVAL LÉON-ÉTIENNE (1903-1996)

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Comment se fait-il que certaines personnalités se heurtent constamment à l'actualité la plus brûlante ? Le cardinal Duval fut de celles-là : jeune clerc, il est envoyé à Rome pour finir ses études en 1926, alors qu'éclate la crise entre Pie XI et l'Action française ; en 1942, il devient vicaire général du diocèse d'Annecy, bientôt déchiré par une guerre civile franco-française ; en 1954, il est nommé archevêque d'Alger, peu avant la Toussaint sanglante...

Rien ne prédisposait pourtant ce rejeton d'une famille nombreuse savoyarde à un tel destin. Léon-Étienne Duval est né à Chênex (Haute-Savoie) le 9 novembre 1903, dans une chrétienté rurale riche en vocations sacerdotales et religieuses (trois de ses sœurs prendront le voile). Il suit le cursus classique du jeune clerc promis à des fonctions d'enseignement, puis d'autorité : petit séminaire de La Roche-sur-Foron (1915-1921) ; grand séminaire d'Annecy (1921-1926) ; séminaire français de Rome (1926-1928). Ordonné prêtre dans la Ville éternelle à la fin de 1926 et muni d'un doctorat en théologie l'année suivante, il fait ses classes comme vicaire de paroisse (1928-1930) avant d'aller enseigner la philosophie et la théologie au grand séminaire d'Annecy, dont il assure aussi l'intendance (1930-1942). Il tâte ensuite de l'administration diocésaine dans cette même ville, comme vicaire général de Mgr Cesbron, entre les dernières années de l'Occupation et la Libération (1942-1946).

Cet ecclésiastique élancé et d'apparence fragile, mais doté d'une solide formation et d'une expérience étendue qui ne le portent pas aux audaces, est mûr pour l'épiscopat, auquel il accède à la fin de 1946. Cependant, sa promotion à la tête du diocèse de Constantine (et d'Hippone) fait basculer son existence. Il arrive au début de 1947 dans une région encore traumatisée par l'insurrection nationaliste de Sétif et sa répression qui ont eu lieu moins de deux ans auparavant. Le choc est brutal et décisif : « Quand je suis venu en Algérie, j'ai eu l'intention d'y rester jusqu'à la fin de mes jours », dira-t-il bien plus tard. Choc du sous-développement des masses indigènes ; choc des inégalités entre communautés ; choc de la découverte de l'islam par ce pur produit de la chrétienté devenu le chef d'une Église minoritaire. Mgr Duval ne tarde pas à plaider pour la justice, individuelle et collective, pour le dialogue entre les religions, les communautés, les options politiques.

Mais ces dispositions pacifiques ne prennent tout leur sens qu'après sa promotion à l'archevêché d'Alger en 1954 et après l'éclatement d'une guerre qui ne veut pas dire son nom. D'emblée, Mgr Duval adopte face à celle-ci une ligne conciliante dont il ne s'écartera pas, malgré de notables variantes selon les auditoires. D'une part, il refuse de couvrir de son autorité les excès de la répression militaire ou ceux des ultras de l'Algérie française : condamnation de l'usage de la torture dès 1955 ; abstention remarquée vis-à-vis des soulèvements algérois de mai 1958, janvier 1960 et avril 1961 ; réprobation ferme des attentats de l'Organisation de l'armée secrète (O.A.S.) en 1962. Ces prises de position lui valent l'hostilité d'une bonne partie des pieds-noirs... et de ses propres ouailles, dont certains ne l'appellent plus autrement que « Mohammed Duval ». Ses divergences de vues avec son suffragant, Mgr Lacaste, évêque d'Oran et partisan de l'Algérie française, sont d'ailleurs notoires. D'autre part, l'archevêque d'Alger, qui désapprouve tout autant le terrorisme du Front de libération nationale (F.L.N.), souhaite ardemment que l'affrontement armé cède la place à des négociations permettant la naissance d'une Algérie pluricommunautaire, moins dépendante, plus juste et plus prospère. « Il n'y a d'espoir que dans la compréhension réciproque, la collaboration fraternelle, la réconciliation, la volonté de paix », dit-il le 20 mars 1962, au lendemain de la signature des accords d'Évian.

Son espoir sera cruellement déçu par les conditions dramatiques dans lesquelles l'Algérie accède à l'indépendance au cours des mois qui suivent. Fidèle à son engagement, Mgr Duval refuse de quitter le pays, ce que font en catastrophe beaucoup de ses ouailles. Son troupeau, déjà modeste, se rétrécit alors brutalement. Mais il tient bon dans une Algérie en proie aux soubresauts révolutionnaires, puis à l'islamisation. Le 11 février 1965, il adopte [...]

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Écrit par :

  • : professeur des Universités, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Lyon-II-Louis-Lumière

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  • Écrit par 
  • Charles-Louis FOULON
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Pour citer l’article

Étienne FOUILLOUX, « DUVAL LÉON-ÉTIENNE - (1903-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leon-etienne-duval/