VAN VALEN LEIGH (1935-2010)

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Élève du généticien et évolutionniste Theodosius Dobzhansky et du paléontologue George Gaylord Simpson, Leigh Van Valen « épousa » naturellement les disciplines de ses maîtres. C'est bien la seule preuve de conformisme dont on puisse l'accabler puisque toute sa vie ce scientifique a su faire montre, dans ses écrits et ses prises de position, d'une telle originalité créatrice qu'elle exaspéra en maintes occasions la communauté des évolutionnistes darwiniens où il exerçait.

Né le 12 août 1935 à Albany (New York), Leigh Van Valen obtient, à l'âge de vingt-six ans, sa thèse de doctorat (Ph.D) en zoologie, après avoir effectué ses études universitaires d'abord à Miami University (Ohio) puis à Columbia University (New York). Après un court séjour à Londres et en Europe, il travaille quelques mois à l'American Museum of Natural History de New York, avant de rejoindre en 1967 l'université de Chicago et son département Écologie et évolution où il accomplira toute sa carrière, jusqu'à être nommé professeur émérite. Sa production scientifique (plus de 300 articles) aborde une variété de sujets et de thèmes : paléontologie, génétique, statistiques, écologie, philosophie, sans oublier ses vigoureuses critiques de l'appareil administratif gérant l'attribution des crédits dans le système universitaire, ainsi que la gestion des revues scientifiques. Il parlait d'expérience sur ce dernier sujet : l'article de quelques pages où il a proposé sa fameuse théorie de la Reine rouge fut rejeté par les comités éditoriaux de plusieurs revues bien établies. En 1973, Van Valen fonda sa propre revue : Evolutionary Theory. Dactylographiée et ronéotypée sur un mauvais papier et diffusée par ses soins, cette revue pirate devait connaître un certain succès, et le premier numéro qui expose la théorie de la Reine rouge reste l'un des plus cités dans les sciences de l'évolution.

Une étude de la survie des espèces au cours des temps géologiques appartenant à une cinquantaine de clades d'animaux marins ou terrestres avait permis à Van Valen de constater que les chances de survie de toute espèce restent constantes au cours du temps, quelle que soit son ancienneté. Ce qui signifie que les espèces apparues plus tardivement ne sont pas mieux adaptées que les espèces qui persistent depuis très longtemps. Il en conclut que chaque espèce, pour conserver sa place au sein de la communauté d'espèces où elle vit, doit sans cesse s'adapter. Ainsi, sans le savoir, suivent-elles le conseil que la Reine rouge donne à Alice dans le conte de Lewis Caroll De l'autre côté du miroir : « On est obligé de courir tant qu'on peut pour rester au même endroit. » Et pourtant Alice constate que le paysage qui l'entoure et les arbres qui l'ombragent restent immobiles ! Sa référence au célèbre conteur d'Oxford signe sa passion pour la littérature fantastique anglo-saxonne. En filigrane, Van Valen suggère donc que les modifications du climat et de l'environnement n'influent que peu sur l'évolution des espèces. Le moteur de la transformation des espèces serait cette « course aux armements » à laquelle celles-ci doivent sans cesse se livrer pour survivre et se perpétuer.

Tout d'abord ignorée, cette théorie de la Reine rouge a été discutée à partir des années 1980. Certains évolutionnistes pensent que les facteurs abiotiques (environnement, géologie, climat) du milieu sont les principaux agents qui orientent l'évolution. Pour les partisans de la Reine rouge, ce sont les autres espèces (facteurs biotiques) qui ont le plus d'influence sur la trajectoire évolutive de chaque espèce, le milieu abiotique n'étant que le décor naturel où se déroule l'évolution. En particulier, écologistes et parasitologues nourrissent depuis lors un riche débat où pro- et anti-Reine rouge s'affrontent tour à tour et exemplifient leurs conclusions. En cela, mieux qu'une nouvelle loi de l'évolution telle qu'elle fut proposée par son auteur, et mieux qu'une simple métaphore, la Reine rouge est devenue au fil des décennies l'un des paradigmes du darwinisme les plus féconds.

En paléontologie, Leigh Van Valen a été un spécialiste des faunes terrestres du Crétacé supérieur et du Paléocène. Il s'est, à plusieurs reprises, montré très critique vis-à-vis des théor [...]

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  • Jean GAYON
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Dans le chapitre « Pluralité des définitions contemporaines de l'espèce »  : […] Étant donné l'impact des travaux de Darwin sur la théorie de l'évolution moderne, on pouvait s'attendre à ce que la question de la définition de l'espèce disparaisse avec lui. Or c'est tout le contraire qui s'est produit. Le xx e  siècle a vu fleurir une multitude de définitions, surtout lors de l'émergence et du développement de la théorie synthétique de l'évolution (du nom de l'ouvrage de Julia […] Lire la suite

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Jean-Louis HARTENBERGER, « VAN VALEN LEIGH - (1935-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leigh-van-valen/