FIGNON LAURENT (1960-2010)

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Deux Tours de France, un Giro, deux Milan-San Remo, un Championnat de France, un Grand Prix des nations figurent notamment au palmarès cycliste professionnel de Laurent Fignon. Pourtant, son nom reste curieusement gravé dans la mémoire collective d'une France que l'on pensait débarrassée du « syndrome de Poulidor » en raison d'une improbable défaite pour 8 secondes lors du Tour de France 1989. Champion atypique, sorte de « hippy du cyclisme » selon sa formule, il fut un trait d'union entre deux époques (à ses débuts dans le peloton, il côtoya Joop Zoetemelk ; en fin de carrière, il roula avec Lance Armstrong) : il fut le premier champion à effectuer des essais en soufflerie très poussés, mais le dernier à respecter l'héritage d'une génération cycliste qui érigeait fraternité, échange, fidélité et partage en leitmotivs.

Né le 12 août 1960 à Paris, Laurent Fignon grandit à Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne). Contrairement à la plupart des futurs champions, il ne s'investit pas dans le sport cycliste dès l'enfance ; il intègre le club de Combs-la-Ville à seize ans, mais suit un cursus scolaire complet et obtient un baccalauréat scientifique. En 1982, il rejoint le peloton professionnel, au sein de l'équipe Renault-Gitane dirigée par Cyrille Guimard : il remporte déjà une épreuve prestigieuse, le Critérium international. L'année 1983 marque un tournant. Bernard Hinault, le leader de la formation Renault-Gitane, doit se faire opérer du genou. En l'absence du « Blaireau », le Tour de France privé de « patron » s'avère débridé. Il semble d'abord promis à Pascal Simon, mais celui-ci, victime d'une chute, est contraint à l'abandon. Fignon hérite du maillot jaune et s'en montre digne : il repousse toutes les attaques des grimpeurs et conforte sa victoire dans le contre-la-montre à Dijon. Le public découvre alors ce jeune homme anticonformiste de moins de vingt-trois ans à la franchise cassante : chevelure blonde triomphante, lunettes cerclées, bachelier, parisien, il constitue le contraire de l'archétype du champion cycliste dont l'image demeure alors associée à la ruralité.

L'année 1984 est pour Laurent Fignon celle de la flamboyance. Certes, il ne remporte pas le Giro : l'Italien Francesco Moser, poussé par les tifosi dans les Dolomites avec la complicité de l'organisateur de l'épreuve Vincenzo Torriani, propulsé dans le contre-la-montre de Vérone par les pales de l'hélicoptère de la R.A.I. transformé en aérogénérateur, le dépossède honteusement du maillot rose. Mais, dans le Tour de France, il humilie Bernard Hinault, qui court désormais dans la formation La Vie claire montée par Bernard Tapie : le Breton est débordé vers L'Alpe-d'Huez, où il ne peut opposer que son panache à la force insolente de son rival, et se voit relégué à plus de 10 minutes à Paris. Tous les spécialistes s'accordent : Laurent Fignon va régner sur la Grande Boucle durant plusieurs années.

Mais les chemins de la gloire ne sont pas linéaires. En 1985, il doit se faire opérer du tendon d'Achille gauche, ce qui marque le début de trois années de souffrance. Fignon retrouve un peu de sa splendeur en 1988 : en fin stratège, il remporte Milan-San Remo (il renouvellera ce succès l'année suivante). Il connaît une totale résurrection en 1989, mais le jeune champion insouciant a laissé la place à un homme assombri, hermétique, plus solitaire encore. Il gagne ce Giro qu'on lui avait volé en 1984, puis se présente ambitieux au départ du Tour de France. Cette édition de la Grande Boucle est marquée par de multiples rebondissements, Greg LeMond et Laurent Fignon s'arrachant le maillot jaune à coup de secondes ; néanmoins, à la veille de l'arrivée, le Français possède sur l'Américain une marge (50 secondes) qui semble suffisante pour qu'il puisse préserver son triomphe lors de l'ultime étape, un contre-la-montre de 24,5 kilomètres entre Versailles et Paris. Mais Fignon ne lutte pas à armes égales : il est diminué par une inflammation à la selle et LeMond roule sur un vélo équipé d'un guidon de triathlon qui favorise l'aérodynamisme. La suite est connue. Patrick Chêne, qui commente l'épreuve télévisée sur Antenne 2, égraine les secondes dans un dramatique compte à rebours sur les Champs-Élysées et s'exclame en direct : « Laurent Fignon a perdu le Tour de Fra [...]

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « FIGNON LAURENT - (1960-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/laurent-fignon/