HINAULT BERNARD (1954- )

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Bernard Hinault tient une place à part dans l'histoire du cyclisme. Comme Eddy Merckx, il pouvait, par simple défi ou parce que son orgueil avait été blessé par quelque contrariété que ce fût, faire montre d'un incomparable panache. Mais, a contrario, il savait, à l'instar de Jacques Anquetil, remporter en comptable le Tour de France si cette tactique prudente s'avérait suffisante. En outre, il fit radicalement évoluer l'approche du sport cycliste, en bousculant sans ménagement les habitudes du peloton.

Bernard Hinault

Photographie : Bernard Hinault

En 1986, le coureur cycliste français Bernard Hinault, cinq fois vainqueur du Tour de France, tire sa révérence. Alliant une forte personnalité à un indiscutable talent, il fut le patron du peloton durant près de dix ans. 

Crédits : Allsport UK/ Allsport/ Getty Images Sport/ Getty Images

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Homme de la terre, Hinault fut avant tout un admirable serviteur de son « métier ». Car, pour lui, le cyclisme était d'abord un métier. Il pouvait ainsi déclarer, aux journalistes médusés par l'exploit, à l'issue d'une victoire d'anthologie dans Liège-Bastogne-Liège en 1980 : « Ce ne fut pas une partie de plaisir, mais mon boulot, c'est de pédaler. » Il n'hésitait pas à affirmer, en termes plus crus, que Paris-Roubaix, la reine des classiques, était une course indigne de figurer au calendrier. C'est précisément pour cela qu'il se fit un devoir de la remporter en 1981, devant les meilleurs spécialistes du genre. Le peloton se montre-t-il las des demi-étapes qui multiplient les transferts routiers et réduisent le temps de repos des coureurs ? Bernard Hinault, pourtant débutant sur la Grande Boucle en 1978, prend déjà la tête de la révolte et déclenche la grève des coureurs : pour lui, le « métier » est bafoué par les organisateurs du Tour. Des grévistes bloquent-ils le peloton pour faire connaître leur cause ? Bernard Hinault n'hésite pas à faire le coup de poing avec l'un d'entre eux : pour le Breton, il est certes louable que ces personnes défendent leur emploi, mais il ne saurait être question qu'elles l'empêchent d'exercer son métier de coureur cycliste.

Toujours est-il que ce champion orgueilleux, têtu, obstiné s'est bâti le plus impressionnant palmarès du cyclisme français. Bernard Hinault a en effet remporté cinq fois le Tour de France (1978, 1979, 1981, 1982, 1985), trois fois le Giro (1980, 1982, 1985), deux fois la Vuelta (1978, 1983), deux fois Liège-Bastogne-Liège (1977, 1980) et le Tour de Lombardie (1979, 1984), Paris-Roubaix (1981). Il fut champion de France en 1978, champion du monde en 1980 et s'est également adjugé cinq fois le Grand Prix des nations (1977, 1978, 1979, 1982, 1984).

Des succès immédiats

Bernard Hinault naît le 14 novembre 1954 à Yffiniac (Côtes-d'Armor). Il passe un C.A.P. d'ajusteur, mais il se consacre rapidement au sport cycliste. En 1972, il est champion de France juniors. Il multiplie les succès chez les amateurs et passe professionnel en 1975. Le grand public le découvre en 1977. Lors du Critérium du Dauphiné libéré, il chute dans la descente du col de Porte. Cyrille Guimard, son directeur sportif, le sort du fossé, et le Breton, meurtri, remonte sur son vélo et s'en va gagner l'épreuve devant Bernard Thévenet, qui remportera quelques semaines plus tard le Tour de France. Devant ces images insolites retransmises en direct par la télévision, de nombreux amateurs de cyclisme, médusés, savent qu'un champion hors norme vient de prendre curieusement son envol.

Dès 1978, Bernard Hinault s'impose comme le nouveau « patron » du peloton. Son arrivée au plus haut niveau est une aubaine pour le cyclisme, qui connaît alors une crise importante. Eddy Merckx vient de prendre sa retraite sportive, laissant un grand vide. Le Tour de France 1977 n'a réuni que cent coureurs au départ – la participation la plus faible depuis 1947. Avec Guimard, Hinault impose, au sein de l'équipe Renault-Gitane, une nouvelle approche du sport cycliste. Les deux hommes tournent le dos à l'empirisme : la préparation se veut méthodique et systématique ; le calendrier est élaboré avec rigueur ; les tests de contrôle physiologique deviennent la norme ; des ingénieurs mènent des recherches pour tenter de perfectionner le matériel... En outre, ils mettent à mal le système traditionnel qui veut que les coureurs soient liés à un manager à la fonction obscure, qui peut aussi bien leur chercher une nouvelle équipe qu'un engagement plus ou moins lucratif dans divers critériums. Le rôle et le statut des équipiers sont redéfinis. Ceux-ci restent, bien sûr, au service de leur leader, mais ils bénéficient d'une pa [...]

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « HINAULT BERNARD (1954- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-hinault/