LA THÉORIE QUANTITATIVE DE LA MONNAIE, Milton FriedmanFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une théorie de la demande de monnaie

L'objectif de Friedman est double. Il s'agit à la fois de prendre des distances avec la version traditionnelle de la théorie quantitative de la monnaie et de contrer les positions anti-quantitativistes des keynésiens orthodoxes. La tradition quantitativiste considère que la quantité de monnaie M nécessaire pour réaliser des transactions pendant une période donnée est dans une proportion fixe avec la valeur monétaire de ces transactions. De plus, la production Y de l'économie est toujours suffisante pour qu'il n'y ait pas de chômage. Par conséquent, toute augmentation de la quantité de monnaie en circulation (suite à une augmentation de l'offre de crédit bancaire, par exemple) sera sans effet sur le niveau de la production. La même quantité de produit sera achetée avec une plus grande quantité de monnaie. Puisque la vitesse de circulation de la monnaie V est une constante (une donnée institutionnelle invariable à court terme, qui indique le nombre moyen de transaction par unité monétaire), le niveau des prix P est la seule variable d'ajustement aux variations de l'offre de monnaie. Selon les keynésiens orthodoxes, l'équation quantitative (MV = PY) est pertinente, mais, lorsque le taux d'intérêt est trop faible, en situation de „trappe à liquidités“, toute augmentation de l'offre de monnaie est conservée sous forme d'encaisses spéculatives. Ce n'est plus P qui sert de variable d'ajustement, c'est la vitesse de circulation.

La réhabilitation qu'entreprend Friedman de la théorie quantitative consiste à concilier plusieurs contraintes. Tout d'abord, se départir du caractère mécanique de ces explications. Ensuite, théoriser une hypothèse empirique : la stabilité de la demande de monnaie et de la vitesse de circulation, conçues comme des fonctions et non comme des constantes. Enfin, ne pas négliger l'explication du niveau des prix. Pour cela, Friedman présente la théorie quantitative comme une théorie de la demande de monnaie. La monnaie est un actif parmi d'autres, une manière de détenir de la richesse, que l'on peut traiter formellement comme la demande de n'importe quel bien, à condition d'introduire une dimension intertemporelle. La demande d'encaisses réelles d'un agent (demande de monnaie exprimée en valeur réelle, c'est-à-dire déflatée du niveau général des prix) est une fonction qui dépend, de manière simplifiée : 1. de la contrainte de richesse, la richesse étant assimilée par Friedman au revenu permanent, c'est-à-dire à la valeur actualisée des revenus présents et futurs des agents ; 2. du rendement relatif de la monnaie par rapport aux autres actifs financiers (actions, obligations) ; 3. des anticipations d'inflation ; 4. des préférences des ménages.

Finalement, à la différence de la version traditionnelle, „la quantité moyenne de monnaie détenue par dollar de transactions est elle-même considérée comme résultant d'un processus économique d'équilibrage [entre l'offre et la demande de monnaie], et non comme une donnée physique“. Dans ce cadre général, Friedman définit un quantitativiste comme celui qui suppose que la fonction de demande de monnaie est stable, ce qui n'est pas incompatible avec des variations importantes de la vitesse de circulation, comme le montre Philip Cagan ; que les facteurs qui affectent l'offre et la demande de monnaie sont indépendants ; que la fonction de demande de monnaie demeure très sensible à de faibles taux d'intérêt, ce qui revient à nier les situations (keynésiennes) de „trappe à liquidités“.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences en sciences économiques à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Autres références

«  LA THÉORIE QUANTITATIVE DE LA MONNAIE, Milton Friedman  » est également traité dans :

CHANGE - Les théories du change

  • Écrit par 
  • Hélène RAYMOND-FEINGOLD
  •  • 9 061 mots

Dans le chapitre « Le modèle monétaire à prix flexibles »  : […] Le modèle monétaire à prix flexibles peut être considéré comme une généralisation au cadre international de la théorie quantitative de la monnaie. La théorie quantitative se situe dans un cadre national et prédit que le pouvoir d'achat domestique d'une monnaie est d'autant plus élevé que la quantité en circulation de cette monnaie est faible. L'approche monétaire à prix flexibles prédit qu'une mo […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Sébastien LENFANT, « LA THÉORIE QUANTITATIVE DE LA MONNAIE, Milton Friedman - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-theorie-quantitative-de-la-monnaie/