OSTERMEIER THOMAS (1968- )

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Né en 1968 à Soltau, Thomas Ostermeier est un des metteurs en scène les plus marquants du théâtre allemand depuis la fin des années 1990, ce qu'est venu confirmer sa présence en tant qu'artiste associé au festival d'Avignon 2004. Sa carrière berlinoise commence en 1996, lorsqu'il se voit confier un espace par le Deutsches Theater (placé sous la direction de Thomas Langhoff) : une baraque préfabriquée capable d'accueillir une centaine de spectateurs tout au plus. Dès le départ, la Baracke ne se conçoit pas comme une simple annexe d'un grand théâtre, mais comme un espace de confrontation entre les divers discours artistiques et socioculturels. Ostermeier s'oriente d'emblée vers la dramaturgie contemporaine, recherchant la collaboration avec des auteurs vivants dont les pièces s'intègrent parfaitement dans le contexte de la virulente question du conflit des générations. Ses thématiques tournent autour de la question des alternatives sociales au capitalisme, auquel il confronte des représentations radicales de la misère sociale et psychique des jeunes. Ainsi, il se concentre d'abord sur des auteurs anglo-saxons tels que Nicky Silver (Fat Men in skirts, 1996), David Harrower (Des couteaux dans les poules, 1997), Mark Ravenhill (Shopping and Fucking, 1998), Enda Walsh (Disco Pigs, 1998) et Richard Dresser (Sous la ceinture, 1998), avant de faire connaître l'œuvre de Sarah Kane (Manque, 2000). Son théâtre « authentique » – fondé sur le savoir-faire et nettement formalisé – fait fureur. Au début, c'est avant tout les trentenaires, représentants de sa propre génération, qui semblent s'y reconnaître.

Thomas Ostermeier fait partie d'une génération d'artistes allemands qui parvient, à la fin des années 1990, à s'imposer dans les grandes structures théâtrales, ces Stadttheater (théâtres municipaux) qui offrent avec leurs troupes permanentes des conditions de travail spécifiques. Le succès considérable qu'il rencontre à la Baracke (1996-1999) le propulse en 1999 à la Schaubühne am Lehniner Platz, où il s'agit – en codirection avec la chorégraphe Sasha Waltz et les dramaturges Jens Hillje et Jochen Sandig – d'insuffler un élan nouveau à l'entreprise théâtrale fondée par Peter Stein. Dès son arrivée, Ostermeier tente d'en faire un laboratoire pour le théâtre contemporain et la danse moderne. Les fondements de son esthétique demeurent marqués, après vingt-huit grandes mises en scène en dix ans, par les premières expériences de sa formation. Avant ses études à l'école d'art dramatique Ernst Busch, il est entré en contact en tant que comédien avec le travail rythmique du corps et de la voix ainsi qu'avec les chorégraphies de groupe du metteur en scène Einar Schleef. Par ailleurs, dans la tradition est-allemande de l'école Ernst Busch, l'accent est mis sur les capacités techniques des comédiens et sur leur mise au service du travail théâtral comme acte collectif. Ostermeier s'appuie également sur la biomécanique de Vsewolod Meyerhold, et sa recherche d'une expression corporelle proche de la sculpture pour les états intérieurs et les relations interpersonnelles. Les éléments fondamentaux de cette pratique de jeu sont l'acrobatie, une corporalité fortement rythmée et une stricte organisation spatiale, qui rompent avec toute illusion scénique par le caractère démonstratif des gestes. Même si ces règles – appliquées avec conséquence dans Homme pour Homme de Brecht (1997) – ne s'expriment pas sous une forme pure dans les mises en scène actuelles d'Ostermeier, elles demeurent présentes comme références, tant à la Baracke qu'à la Schaubühne. Pour Ostermeier, l'art théâtral est d'abord un projet collectif.

« Ce qui relie le théâtre au monde, c'est l'auteur. » Ainsi le metteur en scène formulait-il en 1999 sa recherche d'un langage et d'un objet théâtral dont les enjeux, les codes correspondraient à sa vision du monde actuel. Celle-ci est influencée par un discours socio-philosophique qui emprunte à des penseurs tels que Bourdieu, Foucault, Sennett, Habermas, etc. Ce que Ostermeier appelle le besoin d'un « nouveau réalisme » se traduit dans son théâtre comme un questionnement de contenu, mais également comme une mission de formation de la conscience : « Comment devrions-nous vivre ? » Les possibilités d'un changement par le biais du théâtre, comme une sorte de confiance fon [...]

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 Hamlet de Shakespeare, mise en scène de Thomas Ostermeier

Hamlet de Shakespeare, mise en scène de Thomas Ostermeier
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Katharina Schüttler dans Hedda Gabler, H. Ibsen

Katharina Schüttler dans Hedda Gabler, H. Ibsen
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Pour citer l’article

Barbara ENGELHARDT, « OSTERMEIER THOMAS (1968- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-ostermeier/