LA 317e SECTION, film de Pierre Schoendoerffer

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La vie de Pierre Schoendoerffer se partage entre deux passions : l'aventure, maritime et guerrière, et l'écriture. C'est parce qu'il a d'abord été matelot, puis caméraman aux armées, fait prisonnier à Diên Biên Phu, qu'il devint écrivain, puis cinéaste. C'est dire qu'il détone dans le cinéma français, où il fut toujours une figure singulière. Ses premiers films sont des adaptations de romans d'aventure (La Passe du diable, 1959, d'après Joseph Kessel, Pêcheur d'Islande, id., d'après Pierre Loti), mais c'est en adaptant son propre roman sur la fin de la guerre d'Indochine qu'il connaît le succès. La suite de son œuvre est exemplairement cohérente : l'aventure, c'est l'aventure, et Schoendoerffer, devenu académicien, continue d'y croire ; jusqu'à Là-haut (2004), il continue de naviguer dans un univers d'hommes d'honneur, pudiques jusqu'à en devenir taciturnes, et obsédés par l'observance d'une morale personnelle, sans doute très proche de celle de ce protestant qui ne cesse de relire Pascal.

Héroïsme, stoïcisme, désenchantement

Au moment où s'ouvre la conférence de Genève (du 26 avril au 21 juillet 1954), qui allait aboutir au départ des Français d'Indochine, un petit détachement de supplétifs laotiens, encadré par quelques Français, quitte sur ordre un poste à la frontière du Laos, dans le cadre du repli général de l'armée française. Du 4 au 10 mai, ils vont tenter de gagner un poste sûr, en vain. Ils ne peuvent passer inaperçus des bataillons de l'armée viet-minh, qui sont en train d'entrer en force au Cambodge, et les poursuivent inexorablement. Péniblement, ils progressent avec leurs blessés, que le lieutenant, frais émoulu de Saint-Cyr, tient à emmener contre l'avis de l'adjudant, plus lucide et plus cynique. La fatigue, l'encerclement ennemi et, surtout, la conscience que la guerre est perdue (la nouvelle de la chute de Diên Biên Phu, le 7 mai, leur parvient alors qu'ils sont déjà épuisés), ne sauraient avoir qu'une seule issue. Malgré leur courage, leur connaissance du métier des armes, et les chances qui s'offrent (l'aide de villageois terrorisés), presque tous meurent, après un dernier baroud d'honneur, la prise d'un minuscule hameau ; le lieutenant, blessé, reste seul avec les moyens de se suicider ; de l'adjudant, rescapé, la voix du narrateur nous informe qu'il sera tué en 1960 en Algérie.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle, directeur d'études, École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Jacques AUMONT, « LA 317e SECTION, film de Pierre Schoendoerffer », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-317e-section/