KUROKAWA KISHŌ (1934-2007)

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Fils d'architecte, Kurokawa Kisho (plus connu avant 1970 sous le nom de Kurokawa Noriaki) est né au Japon à Nagoya en 1934. Diplômé de l'université de Kyōto en 1957, il entre alors dans l'agence du célèbre architecte Kenzo Tange (1913-2005) et y travaille notamment à l'élaboration du plan d'aménagement de la baie de Tōkyō (1960). Il ouvre sa propre agence à Tōkyō en 1961. Dès 1960, il prend une part active, sous l'œil attentif de Tange, à la création du groupe Métaboliste avec l'architecte Kikutake Kiyonori (né en 1928) et le critique d'architecture Kawazoe Noboru (né en 1926). Sa participation à ce mouvement est décisive et va fortement influencer la première partie de son œuvre, qu'il s'agisse de ses projets (réalisés ou non), de ses recherches (il soutiendra un doctorat à l'université de Tōkyō en 1964) ou de ses écrits. Par la suite et pendant près de quarante ans, il se fera le porte-parole des nombreux concepts qui, selon lui, forment la base de la vie : symbiose, métabolisme, métamorphose, espace intermédiaire, recyclage, information, ambiguïté, symbolisme abstrait, etc.

Dès 1961, il conçoit des projets théoriques comme celui d'Helix City, ensemble de tours hélicoïdales, structures urbaines gigantesques, sur lesquelles viendraient s'accrocher des cellules d'habitation, le tout évoluant dans le temps et dans l'espace. En 1962, il rejoint le Team X, groupement d'architectes qui avaient organisé en 1954 la dixième rencontre des C.I.A.M. (Congrès internationaux de l'architecture moderne) en rupture avec les précédentes, et présente ses dernières réflexions. Le projet de construction d'une usine à Nitto (1964) et celui du Hawaii Dream Land (1967), tous deux dans la préfecture de Yamagata, sont pour lui l'occasion de mettre en application ses idées d'une architecture modulaire de haute technicité qui puisse évoluer au gré des besoins. À l'occasion de l'exposition universelle d'Ōsaka en 1970, il confirme son attitude intransigeante en présentant ses recherches sur un projet de capsule d'habitation. Contrairement à bon nombre de ses confrères qui délaissent la question du logement collectif, il dessine la Tour des capsules de Nakagin construite par un promoteur privé à Tōkyō en 1972 : entièrement préfabriquées, cent quarante cellules en coques de béton s'agrippent à deux colonnes réservées aux circulations verticales. Puis la tour Sony à Ōsaka (1976), où le travail de l'architecte consiste à tenter d'incarner dans une expression bâtie le dynamisme d'une entreprise privée. Kurokawa y réussit en proposant la métaphore d'un appareil électronique lisse dont les lignes simples sont perturbées par les seuls éléments volontairement soulignés en façade : les cages d'escaliers et d'ascenseur. On retrouvera la même intention quelques années plus tard dans la réalisation de l'immeuble Wacoal de Kojimachi à Tōkyō (1984). Ici, la métaphore est encore plus explicite : pour le siège social de cette entreprise de sous-vêtements, il choisit l'image stylisée d'une machine à coudre.

Cette esthétique particulière, qui semble tout droit sortie du design industriel mais qui fait appel à des couleurs, à des textures et à des qualités d'espaces directement empruntées à la tradition japonaise, est l'illustration de « la philosophie de la symbiose » à laquelle Kurokawa restera profondément attaché tout au long de sa vie. Pour lui, après avoir quitté l'ère de la machine qui prend fin au début des années 1960, nous sommes entrés dans l'ère de la vie. Le moment est venu de créer un nouveau rapport entre l'homme et la nature en s'inspirant des traditions orientales et en dépassant le modernisme rationnel du xxe siècle, qui a joué un rôle dans la création des sociétés industrialisées centrées sur la science, la technologie et l'économie. Cette recherche d'une culture nouvelle ne peut s'exprimer que par des formes géométriques claires, raison d'être de l'architecture. Par son universalité, la géométrie est en effet apte, selon lui, à dépasser les différences entre les peuples, les climats et les cultures. Elle doit être parlée comme une langue commune à tous, car c'est la langue de l'architecture. C'est pourquoi l'œuvre de Kurokawa, bien qu'ayant tant de facettes, tendra progressivement vers des formes de plus en plus épurées. Le bâtiment du siège social de la Banque de Fukuoka dans l'île de Kyushu (1975) n'est qu'un simple cube massif recouvert de vitres fumées qui offre aux passants un espace de détente et de lia [...]

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Écrit par :

  • : architecte D.P.L.G., docteur de l'université de Tokyo, professeur à l'École nationale d'architecture de Paris-La Villette

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Pour citer l’article

Marc BOURDIER, « KUROKAWA KISHŌ (1934-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kurokawa/