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ZIMERMAN KRYSTIAN (1956- )

Les doigts sont infaillibles, les capacités d’analyse impressionnantes jusque dans le plus infime détail des partitions, la maîtrise sonore quasi inégalée. Et pourtant le pianiste polonais apparaît aussi fragile qu’émotif. Chacune de ses rares prestations est un événement. Au risque parfois d’une certaine froideur, Krystian Zimerman nous entraîne dans son parcours initiatique jusqu’au cœur même de la musique.

Krystian Zimerman naît le 5 décembre 1956 à Zabrze, en Silésie (Pologne). Il aborde le piano à l’âge de cinq ans et poursuit ses études au conservatoire de Katowice sous la direction d’Andrzej Jasiński. Il remporte à dix-huit ans le concours Chopin de Varsovie (1975) – le palmarès n’a connu qu’un seul vainqueur plus jeune, à quelques mois près, Maurizio Pollini (1960). Il se retire alors de la scène pour élargir un répertoire jusque-là essentiellement dédié à Chopin et approfondir son art au fil de ses rencontres avec Arthur Rubinstein, Claudio Arrau, Emil Guilels et Sviatoslav Richter. Il donne ses premiers concerts à Londres (1977) et à Los Angeles (1978). Expulsé de son pays natal en 1981 par les autorités, il se réfugie en Suisse. Les grands orchestres et les illustres baguettes – Kiril Kondrachine, Herbert von Karajan, Carlo Maria Giulini, Pierre Boulez, Seiji Ozawa, Simon Rattle, Valery Gergiev – l’appellent pour les concertos de Liszt, Chopin, Schumann, Grieg, Rachmaninov, Ravel ou Bartók. Pendant près de dix ans, il s’associe à l’Orchestre philharmonique de Vienne et à Leonard Bernstein pour enregistrer en public les deux concertos pour piano de Brahms et les trois derniers concertos pour piano de Beethoven. Il achèvera cette dernière intégrale, après la mort du chef d’orchestre, en dirigeant du clavier, avec la même formation, les concertos manquants. Il prolongera cette expérience en 1999 par une tournée avec le Polish Festival Orchestra, soliste et chef à la fois des deux concertos de Chopin. Krystian Zimerman pratique peu la musique de chambre – notons son travail avec les violonistes Kaja Danczowska et Kyung-Wha Chung –, mais s’intéresse à la musique du xxe siècle avec un disque hommage à sa compatriote Grażyna Bacewicz et le concerto pour piano de Witold Lutosławski qu’il crée en 1988 et enregistre pour Deutsche Grammophon sous la direction du compositeur.

Dès ses débuts, la carrière du soliste est marquée par l’exigence. Exigence instrumentale tout d’abord. Krystian Zimerman ne se produit que sur ses propres pianos, issus d’entrepôts qu’il gère dans différents pays. La destruction de ceux qu’il conservait aux États-Unis – conséquence de déclarations engagées à propos de la guerre en Irak ou de l’installation d’une partie du bouclier antimissile américain en Pologne ? – l’amène à refuser tout contrat dans ce pays. À l’instar d’Arturo Benedetti Michelangeli, il est capable de démonter et remonter son instrument. Il n’est pas rare de le voir changer de clavier au cours d’un même concert. Exigence de sincérité ensuite. Pour préserver le naturel de son jeu, il renonce à tout programme fixé à l’avance et préfère annuler au dernier moment un récital qui semble lui échapper. Périodiquement, il s’accorde des années sabbatiques pour lutter contre toute trace de routine et limite le nombre de ses apparitions sur scène ou devant les micros. Exigence musicale enfin. Il enferme ses récitals dans un territoire aux frontières très étroites – Beethoven, Schubert, Chopin, Liszt, Brahms, Debussy – dont il explore avec acharnement la matière sonore. Doté de moyens techniques hors du commun, mais qui ont l’élégance de ne jamais s’exposer avec impudeur, Krystian Zimerman s’impose avec une rigoureuse précision digitale, une science rare de la logique interne des œuvres, un art subtil de l’équilibre des voix et des couleurs ainsi qu’une authentique quête de pureté musicale.[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )