ENDER KORNELIA (1958- )

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Figure de proue de la natation féminine est-allemande, Kornelia Ender fut, en 1976, la première nageuse à remporter quatre titres olympiques lors d'une même édition des Jeux ; elle a établi vingt-trois records du monde dans les compétitions individuelles (dont dix sur 100 mètres nage libre). La révélation, après la chute du Mur de Berlin, du dopage d'État instauré par la R.D.A. jette une ombre sur son palmarès ; néanmoins, son nom n'apparaît pas dans les archives et ne sera jamais cité lors des enquêtes. En outre, au meilleur de sa forme, contrairement à nombre de ses compatriotes, elle ne présentait pas une silhouette caricaturale : blonde et assez gracieuse, elle mesurait 1,80 m pour un poids de 75 kg.

Née le 25 octobre 1958 à Plauen, en R.D.A., Kornelia Ender présente un talent naturel pour la natation, lequel transparaît dès les vacances de son enfance. Elle est rapidement repérée par le système est-allemand de détection des possibles champions et, très jeune, elle suit les conseils d'entraîneurs qui lui imposent de rudes méthodes, l'obligeant notamment à soulever de lourdes charges lors de séances d'haltérophilie.

À moins de quatorze ans, Kornelia Ender participe déjà aux jeux Olympiques, à Munich, en 1972. Lors de cette édition qui voit, côté féminin, l'Australienne Shane Gould multiplier les exploits et les Américaines s'adjuger de nombreuses médailles, personne ou presque ne prête attention aux performances de cette toute jeune fille, qui obtient pourtant trois médailles d'argent (200 mètres, une épreuve dans laquelle elle tient tête à Shane Gould, relais 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages). En 1973, lors des premiers Championnats du monde de natation, organisés à Belgrade, les nageuses est-allemandes dominent largement les compétitions, remportant dix des quatorze épreuves. Kornelia Ender, qui s'adjuge quatre médailles d'or (100 mètres nage libre, 100 mètres papillon, relais 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages), participe largement à ce bilan étonnant. L'année suivante, aux Championnats d'Europe de Vienne, elle obtient également quatre médailles d'or (100 mètres, 200 mètres, relais 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages). En 1975, aux Championnats du monde de Cali, elle s'adjuge encore quatre médailles d'or (100 mètres nage libre, 100 mètres papillon, relais 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages) et ajoute une médaille d'argent dans le 200 mètres.

Néanmoins, en sport et notamment en R.D.A., la réelle consécration n'est qu'olympique. Pour Kornelia Ender, les Jeux de Montréal, en 1976, constituent l'occasion de marquer l'histoire. Cette édition voit un tournant pour le sport féminin, car le « programme » de préparation sportive instauré en R.D.A. porte ses premiers fruits : tous sports confondus, la délégation féminine est-allemande obtient cinquante-deux médailles, dont vingt-six en or ; en natation les Allemandes de l'Est remportent onze des treize épreuves au programme. Kornelia Ender est, quant à elle, le porte-étendard de ce triomphe. Victorieuse du relais 4 fois 100 mètres quatre nages la veille avec ses coéquipières Ulrike Richter, Hannelore Anke et Andrea Pollack, elle s'adjuge, le 19 juillet, le 100 mètres nage libre en améliorant son propre record du monde (55,65 s). Puis, le 22 juillet, elle relève un immense défi : tenter de remporter deux épreuves en moins d'une demi-heure, un exploit que les spécialistes considèrent impossible pour une femme. À 19 h 50, elle gagne facilement le 100 mètres papillon en égalant son record du monde (1 min 0,13 s) ; à 20 h 2, elle reçoit sa récompense lors de la cérémonie protocolaire ; à 20 h 15, elle se jette de nouveau à l'eau pour disputer le 200 mètres, qu'elle remporte en battant le record du monde (1 min 59,26 s), laissant à 2 secondes l'Américaine Shirley Babashoff, qui pourtant l'avait dominée l'année précédente aux Championnats du monde. Peu après les Jeux, à dix-huit ans, Kornelia Ender met un terme à sa carrière sportive. Deux ans plus tard, elle épouse Roland Matthes, quadruple champion olympique en nage sur le dos. Le couple aura un enfant, s'installera en Allemagne de l'Ouest mais divorcera.

Kornelia Ender

Photographie : Kornelia Ender

La nageuse Kornelia Ender remporta quatre médailles d'or aux jeux Olympiques de Montréal, en 1976. La République démocratique allemande fit du sport de haut niveau un pilier de sa propagande. Ses nageuses, notamment, trustèrent les titres olympiques de 1976 à 1988. Depuis la chute du Mur de... 

Crédits : Allsport UK/ Allsport/ Getty Images

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Kornelia Ender excellait en nage libre et en nage papillon, maîtrisant parfaitement la technique, mais elle possédait deux atouts essentiels pour multiplier les victoires : elle réalisait des départs exceptionnels et, dans les virages, elle effectuait des culbutes quasi parfaites qui lui permettait d'accentuer son avantage.

Bien sûr, la réussite des ondines est-allemandes aux Jeux de Montréal interpelle la communauté sportive ; on accuse Kornelia Ender et ses coéquipières de se doper à l'aide de stéroïdes anabolisants. Après la chute du Mur de Berlin, cette imposture est avérée : dès 1991, plusieurs « entraîneurs » de l'ex-R.D.A. reconnaissent que des « médecins » administraient aux jeunes filles, tenues dans l'ignorance de cette pratique, des substances dopantes, des stéroïdes anabolisants notamment. Néanmoins, dans le cas de Kornelia Ender, aucune preuve ne vient étayer quelque accusation. Doit-on pour autant accorder du crédit à ses exploits ? Doit-on, a contrario, jeter dans les oubliettes d'une histoire sportive nauséabonde toutes ses médailles ? En tout état de cause, le dopage ne peut expliquer à lui seul le règne de Kornelia Ender sur la natation, le talent et le travail tenant un rôle essentiel dans cette réussite.

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« ENDER KORNELIA (1958- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kornelia-ender/