RUSSELL KEN (1927-2011)

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Ken Russell est né en 1927 à Southampton. Avant de réaliser son premier long-métrage, il acquiert une réputation de documentariste grâce à ses portraits de compositeurs, tels Prokofiev ou Elgar. Avec ces téléfilms de facture apparemment classique, voire à vocation pédagogique, Ken Russell met en place un style déjà très personnel. Il aborde ensuite le cinéma de fiction avec French Dressing (1964), dans la lignée des comédies anglaises produites par les studios Ealing. Russell y écorne quelque peu le mythe Bardot tout en rendant hommage à Et Dieu créa la femme. Mais l'essai s'avère peu concluant. Russell se tourne vers le film de genre – l'espionnage, très prisé à l'époque – sous un angle humoristique. Un cerveau d'un milliard de dollars (1967) est bien accueilli par la critique. À la même époque, il réalise pour la B.B.C. des portraits de Debussy et d'Isadora Duncan.

En 1969, Ken Russell s'attaque au patrimoine littéraire anglais : ce sera Love, d'après D. H. Lawrence, qui demeure son film le plus emblématique. Tout en respectant le panthéisme du romancier et son adéquation aux cycles de la nature, il réalise une ode à la liberté sexuelle et à l'égalité des sexes – thèmes dominants des années 1960 –, soulignant ainsi le côté visionnaire de l'auteur. Le film récolte plusieurs nominations aux oscars : meilleurs costumes (dessinés par son épouse Shirley), meilleure interprétation féminine (Glenda Jackson), meilleure photo. Passeur inspiré de Lawrence, le réalisateur adaptera vingt ans plus tard The Rainbow (1989), avec la même interprète.

Après La Danse des sept voiles (sur Richard Strauss), écrit pour la B.B.C., Russell tourne en 1970 Music Lovers, sur la vie de Tchaïkovski. C'est le premier de ses extravagants biopics, où de délirants fantasmes, généralement à connotation sexuelle, viennent servir de contrepoint à la composition musicale. Il donne ensuite une adaptation de la comédie musicale The Boy Friend, avec le mannequin Twiggy. Russell va renforcer sa réputation de metteur en scène excentrique avec The Devils (1971), adapté du livre d'Aldous Huxley Les Diables de Loudun, qui évoque un phénomène de possession survenu dans la France du premier xviie siècle et qui avait déjà inspiré Mère Jeanne des anges, de Jerzy Kawalerowicz. Avec Vanessa Redgrave et Oliver Reed pour acteurs principaux, Ken Russell filme en petit maître des nonnes possédées par le démon, alternant images psychédéliques et scènes d'hystérie. Le film fait scandale, et sera censuré dans de nombreux pays.

Ken Russell va encore radicaliser son style avec Savage Messiah (Le Messie sauvage, 1972), et, surtout, Mahler (1974) et Lisztomania (1975), qui métamorphosent les musiciens en icônes de vidéo-clip avant l'heure. L'unanimité, en revanche, se fera pour Tommy (1975), adaptation flamboyante de l'opéra-rock des Who, qui rassemble quelques-unes des figures les plus marquantes de la scène pop – Roger Daltrey, Elton John et Tina Turner, entre autres. Suivra la biographie de Valentino (1977), avec Rudolf Noureev, où « l'idole de matinée » – comme on définissait les acteurs du muet dans les années 1920 – se voit bien malmenée.

À partir des années 1980, Ken Russell entame un cycle fantastique avec Altered States (Au-delà du réel), qui inspire de nombreux groupes de rock et des séries télévisées américaines. Il rend hommage au style gothique avec Gothic (1986), qui prend pour thème la rencontre de lord Byron et Mary Shelley, puis Le Repaire du ver blanc (1988), d'après Bram Stoker. On peut encore citer, dans cette décennie, Salome's Last Dance (1988) d'après Oscar Wilde et inspiré par les illustrations d'Aubrey Beardsley, Les Jours et les nuits de China Blue (1984), thriller érotique filmé selon les codes des films X de l'époque, ainsi que Whore (1991), tentative moins réussie.

Les années 1990 seront surtout consacrées à la télévision, avec notamment une autre adaptation du roman de Lawrence L'Amant de Lady Chatterley (1993), tournée en plusieurs épisodes. Le réalisateur apparaît également à plusieurs reprises comme acteur, par exemple dans La Maison Russie (1990), et signe divers scénarios.

Se présentant comme un « mini-Fellini » dans ses mémoires sobrement intitulés A British Picture, Ken Russell est demeuré un franc-tireur du cinéma anglais, filmant une sexualité prédatrice, à l'origine de toute composition artistique, dans le style baroque, voire « nouille », qui lui ser [...]

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André-Charles COHEN, « RUSSELL KEN - (1927-2011) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ken-russell/