SAARIAHO KAIJA (1952- )

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La compositrice finlandaise Kaija Saariaho, une des personnalités les plus représentatives du renouveau de la musique de son pays, s'est forgé un style très personnel, lumineux et poétique. Elle naît le 14 octobre 1952 à Helsinki. Elle est très tôt attirée par la musique, mais elle suit d'abord durant un an l'enseignement de l'école des Beaux-Arts d'Helsinki, avant de mener, de 1976 à 1981, des études de composition à l'Académie Sibelius de la capitale finlandaise, avec Paavo Heininen. Ses premières œuvres, composées à la fin des années 1970, sont principalement vocales. De 1981 à 1983, elle étudie avec Klaus Huber et Brian Ferneyhough à la Musikhochschule de Fribourg-en-Brisgau.

En 1981, elle écrit ... sah den Vögeln, pour soprano, flûte, hautbois, violoncelle, piano préparé et électronique ; il s'agit d'« une vision sur le temps et les frontières, cheminement entre deux mondes, comme un battement de cils qui durerait une éternité. Avec pour matériau : textures et couleurs, rêves et réalités, pesanteur ». Le rêve, association d'éléments dissemblables, naît alors des différents matériaux qui se rencontrent.

En 1982, Kaija Saariaho prend des cours de composition assistée par ordinateur à l'I.R.C.A.M. Elle y trouve les moyens de réaliser ses rêves, et décide de s'installer à Paris. L'informatique va désormais jouer un rôle fondamental dans sa technique de composition : les possibilités qu'offre cet outil ainsi que l'utilisation de l'électroacoustique vont lui permettre d'explorer les sons dans leurs variations microscopiques.

Mais ses recherches ne s'arrêtent pas là. Elle élargit et enrichit le monde des sons grâce à l'utilisation de stimulus musicaux qui peuvent être des impulsions visuelles ou littéraires ou tout simplement des phénomènes naturels. Elle n'en oublie pas pour autant son travail avec les interprètes : malgré la complexité de sa musique, la compositrice ne s'égare jamais dans l'inaudible et affirme toujours son intention de transmettre une musique perceptible et qui s'apprécie sans que l'on ait besoin de savoir décrypter une partition compliquée. À cet égard, elle ne s'aventure jamais dans la musique abstraite et toutes ses œuvres ont un support littéraire ou artistique préexistant.

En arrivant en France, elle rencontre une résonance dans l'école spectrale de Gérard Grisey et de Tristan Murail, et trouve ce qui lui faisait défaut dans une Finlande enfermée entre les musiques réalistes de Joonas Kokkonen ou Aulis Sallinen et un postsérialisme rigide pratiqué par des compositeurs comme Paavo Heininen. « Je sortais d'une esthétique sérielle qui interdisait les incursions dans la tonalité, je tombais dans un monde d'harmonie dont la fraîcheur, lointainement ancrée à Maurice Ravel et à Claude Debussy, me touchait au cœur. »

Dans Vers le blanc, pour bande magnétique seule (1982), Kaija Saariaho joue avec les lentes transformations de timbres et d'harmonies, présentant un lent continuum d'une durée d'un quart d'heure où s'entrecroisent de longs glissandos ; l'un de ces glissandos, à deux voix par mouvement contraire, atteint la durée totale de l'œuvre, donnant l'illusion d'une voix humaine éternelle.

Refusant les paramètres classiques de la composition (recherches sur le rythme ou sur la mélodie) pour privilégier l'harmonie et le timbre, dont la fusion est chez elle une préoccupation centrale, elle est conduite à choisir des programmes de synthèse et d'analyse psycho-acoustique extrêmement complexes. Kaija Saariaho écrit une musique que l'on peut qualifier de « visuelle » et dont la luminosité des sons semble engendrer des images. Toutes ses pièces font d'ailleurs plus ou moins directement référence à la peinture ou à un monde imagé et métaphorique.

Dans sa première pièce pour orchestre, Verblendungen (1982-1984), l'orchestration et les timbres produisent une texture sonore « picturale » qui se dilue peu à peu dans une immatérialité complète. Au sujet de cette pièce, la compositrice a écrit des notes dont le vocabulaire est celui des arts plastiques : surfaces variées, texture, [...]

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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Pour citer l’article

Juliette GARRIGUES, « SAARIAHO KAIJA (1952- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kaija-saariaho/