O'GORMAN JUAN (1905-1982)

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Le mouvement « muraliste », est apparu au Mexique en 1920. Pendant plus de trente ans, ce fut le seul mouvement plastique d'origine non européenne à atteindre une échelle internationale, puisqu'il influença les peintres américains de l'ère rooseveltienne (Jackson Pollock fut d'abord élève de David Alfaro Siqueiros) et provoqua des réalisations sporadiques dans d'autres contrées, notamment à Cuba vers 1965. Par ailleurs, le muralisme devait éveiller la curiosité des surréalistes, en dépit de son ancrage profond dans la réalité nationale mexicaine, de sa nature didactique et populaire et surtout de ses indéniables accents de propagande.

Juan O'Gorman n'a d'ailleurs participé qu'à la seconde phase du muralisme. Il est né à Mexico en 1905. Après des études d'architecte et d'ingénieur, il débute dans la peinture en 1927 comme décorateur assez traditionnel de pulquerías (taverne où l'on boit le pulque, alcool tiré de l'agave). En 1936, alors que les muralistes José Clemente Orozco et Diego Rivera atteignent leur plus haute renommée, O'Gorman se voit confier trois panneaux pour l'aéroport de Mexico : deux d'entre eux seront détruits en 1938, à cause de leurs allusions violemment satiriques à Hitler et à Mussolini. Le pays traverse alors une phase délicate de dictature nationaliste à tendance socialiste. Foncièrement hostile aux fascismes européens, le gouvernement mexicain n'en est pas moins contraint à des ménagements diplomatiques et à la neutralité, pour pouvoir faire passer sous contrôle de l'État le pétrole mexicain, alors aux mains de compagnies britanniques et américaines. Le troisième panneau, célébrant la conquête de l'air, est au musée de Chapultepec à Mexico.

En 1942, O'Gorman décore la bibliothèque Gertrudis Boccanegra à Patzcuaro : c'est la première de ses compositions historiques, une fresque immense déroulant toute l'histoire de la province de Michoacan et de ses habitants, les Indiens Tarasques, jusqu'à l'arrivée des Espagnols et à la lutte des chefs indigènes contre de cruels inquisiteurs.

Parallèlement, O'Gorman développe une peinture de chevalet qui participe du même esprit que ses compositions murales. Toutefois, des procédés hérités du pointillisme et surtout du cubisme (géométrisation des paysages dans la série intitulée Souvenirs) s'y mêlent à la volonté structurale et narrative. Le peintre aborde des thèmes souvent sarcastiques (Ennemis du peuple) et plus souvent encore « exaltés », unissant curieusement des visions scientifiques naïvement optimistes (hommes ailés dignes de Léonard de Vinci, aérostats géants, etc.) à la vision des guerres et des pronunciamientos (Monument funèbre à l'Industrie) ; çà et là, la fantaisie et l'humour, sont poussés jusqu'à la pure utopie, dans un décor de plans complexes quasi abstraits.

En 1950, le muralisme a épuisé sa sève révolutionnaire et n'est plus qu'un élément de l'urbanisme voué à l'« intégration plastique », conforme à la nouvelle idéologie du desarrollismo, qui met l'accent sur le seul progrès économique au détriment de la communauté sociale rêvée dans les années 1930. C'est alors qu'O'Gorman participe, en admirateur de Le Corbusier, à l'élaboration des plans de la nouvelle bibliothèque de l'université de Mexico, parallélépipède massif de quelque quinze étages. Il est chargé de la décoration : là où les autres muralistes auraient appliqué les techniques de la cire, de la matière plastique (polystyrène) ou de la peinture sur métal, O'Gorman pratique une technique qui mêle peinture et incrustation de minéraux, sans qu'on puisse vraiment parler de céramique. Il couvre ainsi les murs de la bibliothèque d'un hommage aux Codex préhispaniques : couleurs éclatantes, absence de perspective, aplats de formes symboliques enchevêtrées. Mais s'il entend célébrer ainsi la continuité de la culture mexicaine, O'Gorman unit à Quetzalcoatl et aux autres dieux de l'ancien Mexique les effigies de Ptolémée et de Copernic. Vu de loin, cet énorme travail (achevé en 1956) ne manque pas de grandeur. L'artiste donne aussi à la bibliothèque une Allégorie des communications, d'inspiration plus moderniste. Enfin, en 1962, au Musée national d'histoire de Chapultepec, il s'attaque à une évocation des guerres d'indépendance du Mexique. Ce sera sa dernière entreprise d'importance [...]

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Gérard LEGRAND, « O'GORMAN JUAN - (1905-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/juan-o-gorman/