JOSEPH DE VOLOKOLAMSK saint (1439-1515)

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Savant abbé et chef d'école, Joseph de Volokolamsk (en russe Iossif Volotski) a, plus que quiconque, contribué à figer dans le ritualisme la Russie du xvie siècle. Né dans une famille noble d'origine lituanienne, Ivan Sanine s'oriente très tôt vers la vie monastique (il prend alors le nom de Joseph) et, après un long et rude noviciat, fonde, près de la ville de Volokolamsk, un monastère rigoureusement cénobitique pour lequel il rédige une règle formaliste et minutieuse. Il systématise ainsi, de manière unilatérale, un aspect de l'héritage de saint Serge : celui des grands monastères citadins, liés au monde, occupés d'intérêts sociaux, culturels et politiques.

Partisan d'une véritable « monobiose » entre l'Église et l'État, il tient le souverain pour le gardien suprême de la première et le protecteur de la foi. En revanche, il demande et obtient, au synode de 1503, que l'État laisse aux monastères leurs immenses domaines, dont ils se servent pour la bienfaisance, l'instruction et l'activité sociale. À Volokolamsk, Joseph crée une école pour les enfants abandonnés, un hospice pour les malades et les miséreux ; il accorde aux paysans une aide économique active et les protège contre les excès des boyards. Il rêve d'édifier dès ici-bas, autour de Moscou, la « troisième Rome », une véritable cité de Dieu.

Cette vision « totale », sacralisante, exige la destruction des hérésies et des hérétiques. Joseph combat, à la fin du xve siècle, le mouvement des « judaïsants » (Židovstvujuščie). Il rédige contre eux, par des « discours » (poslanija) successifs, un ouvrage monumental, L'Illuminateur (Prosvetitel'), dont les onze premiers « discours » sont un vigoureux exposé de la foi chrétienne. Joseph appartient à l'école des anciens lettrés russes, des érudits à la manière rabbinique, les natchettchiki, ou des « scribes » au sens évangélique. Il n'a aucun esprit critique, déteste l'opinion personnelle, se borne à agencer les citations, puisées indifféremment dans l'Écriture, chez les Pères, dans les historiettes édifiantes, dans les textes liturgiques et canoniques, toutes ces sources étant placées sur le même plan. Dans les cinq derniers discours, il appelle à la persécution violente et exige que le souverain « venge le Christ contre les hérétiques » en leur infligeant la réclusion à perpétuité ou la peine capitale, même s'ils se repentent. Il obtient gain de cause au synode de 1504.

Qu'il s'agisse du lien entre l'Église et l'État, des propriétés monastiques, du traitement des hérétiques, Joseph se heurte aux héritiers de l'esprit évangélique de saint Serge, les hésychastes (nestjažateli) d'outre-Volga, dont le principal porte-parole est Nil Sorski. Le rapport de forces entre les deux partis reste longtemps équilibré, mais, à partir de 1503-1504, il penche en faveur de Joseph et des « joséphiens » (josifljane). Ceux-ci l'emportent totalement au cours du xvie siècle : la Russie s'enferme dans une religiosité légaliste autour du mythe de Moscou entendue comme « troisième Rome » et « troisième Empire », « troisième » ayant ici le sens de « définitif ». L'esprit de la Renaissance, apporté par des érudits byzantins et des artistes italiens et mis au service de la foi par Maxime le Grec, est définitivement refoulé. Le Menasgier (Domostroï), attribué au moine Sylvestre, et les prescriptions du concile des Cent Chapitres (Stoglav, 1551) puisent dans les écrits de Joseph pour ritualiser dans ses apparences la vie familiale et sociale.

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  • : agrégé de l'Université, professeur à l'Institut Saint-Serge de Paris

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Pour citer l’article

Olivier CLÉMENT, « JOSEPH DE VOLOKOLAMSK saint (1439-1515) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-de-volokolamsk/