ARTIGAS JOSEP LLORENS (1892-1980)

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Le potier Artigas n'est guère connu du grand public que pour sa collaboration aux vastes décorations en céramique de son compatriote, le peintre catalan Joan Miró. Et souvent on le considère tout au plus comme le conseiller technique de celui-ci. Or c'est de tout autre chose qu'il s'agit dans cette collaboration, ou plutôt dans cette complicité qui se maintient tout au long du processus d'élaboration de l'œuvre, l'un et l'autre devant en outre tenir compte d'un troisième partenaire : le four, ce four à bois dont les sautes d'humeur peuvent parfois compromettre le fruit de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines de travail. Mais Artigas ne se réduit pas non plus à ce rôle d'alter ego de Miró.

Né à Barcelone, Artigas passe – tout comme Miró – d'abord par l'École de commerce et les joies de la boutique avant de pouvoir s'inscrire à l'École des beaux-arts de la Lonja, puis au Cercle artistique de Sant Lluch. À partir de 1915, Artigas apprend la céramique à l'Escola superior de bells oficis, publie en 1917 ses premières critiques d'art et fonde en 1918 l'Agrupació Courbet, à laquelle adhère Miró – auquel, la même année, il consacre un article dans La Veu de Catalunya. Ce qui frappe, dès cet instant, c'est l'ouverture d'esprit d'Artigas, en même temps que son dynamisme, qui le conduit à prendre diverses initiatives, de critique et d'animateur, tandis que se poursuit – jusqu'en 1920 – son très méthodique apprentissage du métier de céramiste. En 1922, il publie sa thèse sur Les Pastes ceràmiques : les esmalts blaus de l'Antic Egipte (« Les Pâtes céramiques : les émaux bleus de l'Égypte antique »). Mais le voici attiré par Paris, où il s'installe en 1924 pour quinze ans. La même année, il inaugure une collaboration avec Raoul Dufy, tandis que des expositions à Paris, à Bruxelles, à Londres, à New York et même à Barcelone imposent la qualité de son travail de céramiste : en 1932, le Metropolitan Museum de New York acquiert une de ses œuvres, imité en 1934 par le musée d'Art moderne de Barcelone. En 1933, c'est avec Albert Marquet qu'il collabore. Si bien que, lorsque en 1937 il revient s'installer à Barcelone, c'est en homme comblé par la gloire. Sa réputation sera couronnée par la publication de deux traités qui font autorité : en 1948, Formularios y prácticas de cerámica (« Formules et méthodes de céramique »), en 1950, Esmaltes y colores sobre vidrio, porcelana y metales (« Émaux et couleurs sur verre, porcelaine et métaux »).

C'est en 1944 que, sur l'insistance de Miró, Artigas commence à travailler avec lui. Non sans appréhension, car l'œuvre du potier se distingue entre toutes par une sorte de gravité naturelle et une recherche de la pureté formelle et chromatique, poussée presque à l'élévation mystique, alors que le peintre, lui, ne semble connaître que les grands sentiments paniques : le désir, la joie, la colère ou la peur. Et, bien entendu, Miró apporte avec lui dans l'atelier d'Artigas son inquiétude permanente, sa harcelante interrogation du hasard et des difficultés de toute espèce. Alors commence une nouvelle période dans la vie des deux artistes, avec des œuvres qui feront dire à Artigas lui-même : « Ce ne sont pas des céramiques décorées, ce sont des céramiques tout court, où l'on ne voit pas où commence le peintre et où finit le céramiste. » Car cette collaboration est d'un tout autre esprit que celle qu'il avait connue avec Dufy ou Marquet, lesquels se contentaient d'orner les vases élaborés préalablement par ses soins. Miró s'accommode rarement de cette solution, lui préférant l'invention à deux de peintures céramiques ou de sculptures céramiques dans lesquelles se déploie son génie baroque (J. Corredor-Matheos & J. Pierre, Céramiques de Miró et Artigas, Maeght, Paris, 1974).

En revanche, à partir de 1960, il semble bien que la peinture proprement dite de Miró se laisse envahir par la « musique muette » de la poterie d'Artigas. Une exposition organisée en 1969, à la galerie Maeght, a permis au public parisien de prendre la juste mesure de cette œuvre si noble, dont l'intensité presque douloureuse est comme un acheminement aux plages de la méditation, et de la sérénité reconquise dans les outremers et les turquoises les plus rares. Noble mais non pas élitiste : le dernier livre d'Artigas, publié en 1970, est dédié à la céramique populaire espagnole.

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., docteur ès lettres

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José PIERRE, « ARTIGAS JOSEP LLORENS - (1892-1980) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/josep-llorens-artigas/