COPLANS JOHN (1920-2003)

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L'artiste, historien de l'art, photographe et critique John Coplans, mort à New York en 2003, était né à Londres en 1920. Il devint artiste une première fois après la Seconde Guerre mondiale, en 1946. À dix-huit ans, il s'était engagé pour lutter contre le fascisme, dans les Kings' African Rifles. Même s'il détestait l'évoquer, la guerre, en Éthiopie contre les Italiens, puis en Birmanie contre les Japonais, lui avait permis de faire au moins deux expériences : le commandement et la résistance à la sauvagerie humaine. Revenu à la vie civile, il choisit l'art comme l'activité la plus conforme à ses convictions humanistes et libertaires.

John Coplans avait passé son enfance à Cape Town, en Afrique du Sud, où son père exerçait la médecine. Quoiqu'il ne l'ait jamais relié à son expérience du régime d'apartheid, son engagement contre le fascisme ressortissait sans doute en partie à une intolérance à l'égard de toute forme de racisme. Son père était pour lui l'exemple d'une culture humaniste, fondée sur la connaissance, la maîtrise de soi et la tolérance. Quant à son propre esprit libertaire, il était indissociable d'une pratique quotidienne de la satire et de l'autodérision. Après avoir appris la peinture dans un atelier parisien, grâce à une bourse du type G.I. Bill, il essaya de se faire une place sur la scène artistique londonienne. À l'âge de quarante ans, au début des années 1960, il dut cependant reconnaître ses limites, et plus encore, celles du milieu dans lequel il évoluait.

De cette période, il retenait surtout son amitié avec l'historien de l'art et critique britannique Lawrence Alloway. Mais son choix de l'abstraction géométrique l'éloignait des expériences de la culture pop, où il ne parvint jamais à trouver une alternative au conformisme et aux pesanteurs hiérarchiques de la société anglaise. En 1960 commence donc la troisième vie de Coplans : son émigration aux États-Unis, l'enseignement à Berkeley, San Francisco ; la création d'Artforum, en 1962, avec Philip Leider, la critique d'art, l'organisation d'expositions – Warhol, Lichtenstein, Judd, Serra, l'idée d'art sériel... –, en particulier de 1967 à 1971, lorsqu'il dirige le musée de Pasadena, Los Angeles. Il publie plusieurs livres, notamment une monographie sur Ellsworth Kelly. Artforum, qu'il dirige, devient la revue de référence, avec des dossiers critiques et théoriques et des interventions polémiques pour la défense de l'art contre le conformisme et le pouvoir de l'argent. Enfin, Coplans découvre la photographie, Carleton Watkins, Brancusi, Weegee, Walker Evans. Cette troisième période de sa vie professionnelle est marquée par une fascination et une grande amitié pour l'artiste Robert Smithson. La mort de ce dernier, en 1973, datait à ses yeux la fin d'une période d'intense vitalité de la scène artistique américaine et new-yorkaise.

Aujourd'hui, Coplans est surtout connu pour son œuvre photographique, exposé et conservé partout en Europe et aux États-Unis. En 1978, en effet, il avait quitté New York. La pression du marché sur la création artistique était devenue trop forte. Deux ans plus tard, âgé de soixante ans, il décide, après avoir tellement regardé, exposé, commenté le travail des autres, de reprendre à New York sa propre activité artistique, interrompue depuis vingt ans. Mais au lieu de revenir à la peinture – selon l'un des mots d'ordre de l'époque –, il choisit la photographie, en suivant les conseils techniques de ses amis Lee Friedlander et Jan Groover, et en reprenant tout ce qu'il avait appris depuis sa découverte de Carleton Watkins. Au bout de quatre années, après s'être surtout consacré au portrait, il avait trouvé son sujet, exclusif : lui-même, son corps, seul, isolé, frontal, un condensé de soixante ans d'expériences, objet énigmatique, statue archaïque sans visage, impersonnel, sériel, inachevé et infini. Corps singulier et universel, marqué par la vie, mais en permanente métamorphose, grotesque, parfois drôle, pathétique mais jamais sentimental, dégagé des complaisances de l'autocontemplation. Coplans s'étonnait lui-même de la fertilité d'un sujet apparemment si limité. Sa faculté d'analyse, comme chez tous les bons artistes, lui permettait d'interpréter et de relancer une invention plastique dont le ressort était essentiellement inconscient. Il se suivait à la trace.

Hand Self Portrait SP 6 88, J. Coplans

Photographie : Hand Self Portrait SP 6 88, J. Coplans

John Coplans, Hand Self Portrait SP 6 88, 1988, photographie noir et blanc (3/12), 103,8 cm x 102 cm. Galerie Lelong, Paris. En 1980, après avoir été soldat, artiste puis critique d'art et directeur de musée, Coplans entre dans sa quatrième vie et se consacre à la photographie, adoptant... 

Crédits : J. Coplans/ Galerie Lelong

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Dans sa quatrième vie, le corps, son corps, compact et désarticulé, était devenu un argument incessant de fragmentation et de montage, une fiction intime et monumentale. Il aurait aimé que ses images forment un long ruban de rêve analogue à la frise du Parthénon conservée au British Museum.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres

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Pour citer l’article

Jean-François CHEVRIER, « COPLANS JOHN - (1920-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-coplans/