FRIEDLANDER LEE (1934- )

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Un jour le photographe américain Lee Friedlander, qui était déjà célèbre, fut invité à donner une conférence dans sa ville de New York. Il projetait 360 diapositives, dans leur chronologie, sans le commentaire. À une personne qui osa demander où avait été prise telle image, l'intéressé, après avoir répondu « Toledo », annonça au public son intention de localiser les photos qui restaient à passer. Consternation dans l'assistance venue percer les mystères de son œuvre. Jusqu'à ce qu'un second spectateur s'aventure à demander s'il était important que telle photographie ait été prise à Chattanooga. La réponse de Friedlander est légendaire : « Oui. Parce qui si je n'avais pas été à Chattanooga à ce moment-là, je n'aurais pas été capable de la prendre. »

L'anecdote a renforcé la réputation d'un photographe taiseux, déconcertant, érudit, mais qui déteste théoriser son travail, et qui, tout en conservant un sourire courtois, vous désarme et vous fait comprendre que, au-delà des discours, il faut toujours en revenir aux images. La formule lancée à l'auditoire va plus loin. Elle est typique d'un photographe que l'on peut ranger dans la grande famille du style documentaire – entre le reportage et l'art conceptuel –, et qui fait confiance à la machine photographique pour enregistrer et créer des formes, estimant que la vie sera toujours plus riche que ce qu'un artiste pourrait inventer.

Canton, Ohio, L. Friedlander

Photographie : Canton, Ohio, L. Friedlander

Lee Friedlander, Canton, Ohio, 1980, tirage sur papier baryté au gélatino-argentique, 30,7 cm x 20,5 cm. Institut d'art contemporain, collection F.R.A.C. Rhône-Alpes, dépôt au musée d'Art moderne de Saint-Étienne. 

Crédits : Y. Bresson/ Musée d'art moderne, Saint-Etienne-Métropole

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Une photographie des signes urbains

Lee Friedlander, né en 1934 à Aberdeen (Washington), est peu connu du grand public, mais considéré comme l'un des plus importants photographes vivants. Il est un des pères de la nouvelle photographie américaine, avec Garry Winogrand, Diane Arbus, mais aussi Robert Frank ou William Klein. Tous, à partir des années 1950, à mi-distance entre le formalisme d'avant-guerre et le photojournalisme, ont fait descendre la photographie dans la rue pour « mieux appréhender la vie », comme l'a écrit John Szarkowski, le conservateur qui régna longtemps sur les collections de photographies du Museum of Modern Art de New York. Ainsi a-t-on pu parler d'une Street Photography. La ville, thème moderne par excellence, est devenue le studio de ces déclencheurs frénétiques, trouvant dans le chaos urbain, parmi sa population, ses formes et son mouvement, de quoi alimenter la machine du regard.

Lee Friedlander a étudié la photographie à l'Art Center de Los Angeles à partir de 1953. On y enseignait comment photographier des bouteilles en verre. « Pourquoi aurais-je dû payer pour apprendre cela ? » Il s'installe à New York en 1956 et gagne sa vie en photographiant le jazz – une passion. Il fait ses gammes dans le photojournalisme triomphant de l'Amérique des années 1950, croise Garry Winogrand sur les terrains de football lorsqu'il travaille pour le magazine Sport Illustrated, utilise comme son ami des objectifs grand angle pour capter au mieux la matière vivante. Il est difficile de dissocier Friedlander de Winogrand, qui parfois officiaient sur le même trottoir. Ils sont passés ensemble des pages de magazines aux cimaises des musées et ont participé l'un et l'autre à deux expositions qui ont beaucoup fait pour leur réputation. En 1963, Friedlander présente sa première exposition personnelle, à la George Eastman House de Rochester, et trois ans plus tard, il expose avec Garry Winogrand, au côté de Duane Michals, Bruce Davidson et Danny Lyon, sous le titre Vers un paysage social. En 1964, les images des deux photographes figurent au MoMA de New York, avec celles de Diane Arbus, sous le titre New Documents. Vingt-cinq ans plus tard, en 1992, alors que le musée de l'Élysée, à Lausanne, présentait une rétrospective de son travail, Lee Friedlander tentait de minimiser cette période : « Tout le monde parle aujourd'hui du Paysage social alors que personne n'a vu cette exposition. C'est une relique ! La seule chose dont je me souvienne, c'est qu'avec Garry on a pris une de ces cuites... » Il ajoutait ce commentaire, qu'il aurait pu faire sur son propre travail : « Je retourne aux photos de Winogrand, car j'y découvre chaque fois quelque chose de nouveau. »

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Canton, Ohio, L. Friedlander

Canton, Ohio, L. Friedlander
Crédits : Y. Bresson/ Musée d'art moderne, Saint-Etienne-Métropole

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New Orleans, Self Portrait, L. Friedlander

New Orleans, Self Portrait, L. Friedlander
Crédits : Frac-collection Aquitaine

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Pour citer l’article

Michel GUERRIN, « FRIEDLANDER LEE (1934- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lee-friedlander/