BUNYAN JOHN (1628-1688)

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Prédicateur baptiste, controversiste, allégoriste, esprit profondément religieux, John Bunyan fut l'interprète de la génération puritaine qui refusait de reconnaître l'autorité royale et l'Église anglicane après le retour des Stuarts en 1660. Son œuvre, adressée à des humbles dont la lecture principale et quotidienne était la Bible, constitue véritablement l'épopée en prose du puritanisme anglo-saxon. La richesse et la tonalité particulière de sa langue qui reprend à la Bible, dans la « Version autorisée » de 1611, son rythme propre font de lui un véritable artiste. On est en droit d'estimer qu'il donne ainsi involontairement un démenti au jugement du philosophe protestant Alexandre Vinet : « Une vie morale trop forte est un obstacle à la création poétique. » Bunyan prosateur fut l'artiste chrétien de l'Angleterre puritaine, à côté de Milton, son poète. On a vu en lui « un créateur de mythe ».

Sa lutte spirituelle

La vie de Bunyan fut dominée par le sentiment de son indignité spirituelle et le souci de vivre « justifié devant Dieu », en se sachant pécheur. Tout, dans son éducation, au village d'Esltow, près de Bedford, le dispose à entendre l'appel à la fidélité religieuse la plus rigoureuse, jusqu'à l'amener à se faire scrupule de prendre quelque plaisir à entendre sonner les cloches de l'église ; il vit aussi de bonne heure dans la crainte de la damnation. Il lit des récits d'aventures dont il nourrira ses récits allégoriques. Il se méfie autant des égarements des illuminés que des poussées de l'athéisme qu'ils sent naître en lui, préférant le désespoir à l'indifférence et à la tiédeur, l'inquiétude à la sérénité qui est pourtant, il le pressent, l'objet même de son « pèlerinage » vers la « cité céleste » dont tout puritain entretient la vision, tandis que la vie terrestre reste « la vallée de l'ombre de la mort ».

Durant la guerre civile, il est deux ans soldat (1644-1645). Échappant miraculeusement à la mort, il est libéré, rendu à la vie civile et se marie en 1648. Sa lutte spirituelle commence, plus ardente ; la lecture de la Bible, et en particulier de l'Épître aux Galates, lui donne ce sentiment angoissant de sa condition dont son autobiographie, La grâce abonde (1666), sera l'analyse impitoyablement lucide et obsédante. Autour de lui se manifestent les quakers, vers qui il n'est aucunement porté, car il leur reproche leur théologie insuffisante. Sans être doctrinaire, Bunyan entend prêcher tout l'Évangile sans en rien retrancher, sans y rien ajouter.

Au retour des Stuarts, il est l'une des premières victimes de la politique intransigeante du souverain contre les non-conformistes qui refusent le serment de fidélité à Charles II et ne veulent pas user du Common Prayer Book imposé par l'Église anglicane ; il est emprisonné, comme bon nombre de pasteurs et de laïcs ; sa résistance passive impressionne les tribunaux mis en place par Clarendon, et il mène une vie douloureuse, tandis que sa femme et sa fille aveugle connaissent l'insécurité matérielle. Relâché en 1672, il est de nouveau victime des persécutions et emprisonné en 1675 pour six mois : il commence The Pilgrim's Progress (Le Voyage du pèlerin) qui paraîtra en 1678 et connaîtra, du vivant de l'auteur, douze éditions. « Les puritains, fait remarquer l'historien G. C. Cragg, étaient punis à cause des vertus qui les rendaient utiles à la nation. » Bunyan écrivait son allégorie contre ceux-là mêmes qui, partageant sa foi, tremblaient devant les juges, lesquels condamnaient également catholiques (Test Act) et dissidents coupables de se réunir dans leurs conventicules, comme le Moot Hall, près de Bedford, devenu le musée Bunyan.

Le Voyage du pèlerin

Photographie : Le Voyage du pèlerin

Le frontispice du Voyage du pèlerin (The Pilgrim's Progress), ouvrage paru en 1678, d'un prédicateur baptiste et puritain, l'Anglais John Bunyan (1628-1688). 

Crédits : MPI/ Getty Images

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Ses dernières années furent consacrées à la rédaction de nouvelles brochures : La Vie et la Mort de M. Méchanthomme (1680), La Guerre sainte (1682), Le Voyage du pèlerin (2e partie ; 1684). Bunyan ne voulut pas céder devant les offres tolérantes du frère de Charles II, le très catholique Jacques II. Il mourut l'année même où celui-ci dut quitter l'Angleterre, exilé ; à soixante ans, Bunyan, frappé en pleine activité de prédicateur, mourut paisiblement. Dissident, il fut enterré au cimetière réservé aux non-conformistes à Bunhill Fields, comme, plus tard, William Blake, qui sut reconnaître en lui un visionnaire.

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Jacques BLONDEL, « BUNYAN JOHN - (1628-1688) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-bunyan/