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TAULER JOHANN (1300 env.-1361)

La doctrine

Fidèle pour l'essentiel aux enseignements de son maître, Tauler laisse plus de place à une pédagogie spirituelle où l'effort et le temps ont un rôle central. Eckhart insistait sur le caractère instantané de la déification, le prédicateur strasbourgeois décrit de préférence la voie de purification dont il trouve le modèle dans l'humanité même du Christ. Et il met davantage en lumière la diversité des vocations, ainsi que l'étagement des degrés. Les « commençants » doivent se méfier de leur faiblesse, se soumettre d'abord avec rigueur aux préceptes du Décalogue. Les « progressants » n'avancent eux-mêmes qu'en suivant les conseils évangéliques, chasteté, pauvreté, obéissance ; mais, si la vie du cloître est quelquefois une voie salutaire, l'accomplissement consciencieux d'un simple métier peut être aussi un authentique moyen de sanctification. Ainsi, maintes fois, de « pauvres gens », qui ont femme et enfants, qui font des souliers ou travaillent leur champ, « se comportent cent fois mieux » que la plupart des moines, car « ils se tiennent humblement en leur pauvreté » et accomplissent « un grand et rude labeur » (sermon 53). Seul celui qui a parcouru ces deux étapes peut atteindre la « surformation » qui dépasse le temps et se situe au-delà du niveau où « coopèrent encore nature et grâce » (sermon 49).

Tous les grands saints ont dû suivre d'abord une route lente et pénible. Même Marie ne put « trouver un seul instant répit ni suffisance ». De Nazareth à Éphèse, elle n'a jamais cessé de se dépasser (aufgehen und übergehen) en direction de cet « abîme divin » qui est seul « héritage, repos, demeure stable » (sermon 46). La temporalité, suite du péché, est certes le signe d'une déchéance, mais aussi bien la voie et le moyen du progrès. Et s'il faut finalement abolir les images, elles restent ici-bas d'utiles appuis ; les cinq plaies du Christ rendent sensible la quintuple nécessité de la fuite, de la souffrance, du silence, du mépris de soi, de la dépossession. Remontant des anges aux séraphins, Tauler évoque la fonction des puissances célestes au triple niveau de l'homme « extérieur », de l'homme « raisonnable », de l'homme « déiforme » (sermon 48). Toute ascension commence par un « désir », et elle fait place souvent à la sainte « colère », instauratrice de justice (sermon 56). Mais la condition de la « vraie naissance divine » est, plus que toute mortification volontaire, l'épreuve réservée aux vrais « amis de Dieu » : solitude dans la tempête sur un frêle esquif, angoisse et désert intérieur, proche de la « nuit de l'âme » d'un saint Jean de la Croix, et contre laquelle il ne faut « chercher aucun secours ni d'une sorte ni d'une autre » (sermon 46). Si douloureuse que soit cette déréliction, elle ressemble à celle de la brebis qui, pour se laisser tondre, se blottit avec confiance sur l'épaule du maître (sermon 36).

— Maurice de GANDILLAC

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Maurice de GANDILLAC. TAULER JOHANN (1300 env.-1361) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

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