MOCKY JEAN-PIERRE (1933-2019)

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Réalisateur de plus de soixante longs-métrages, Jean-Pierre Mocky a toujours œuvré en solitaire et à la marge du cinéma français. Jean-Paul Mokiejewski naît le 6 juillet 1929 à Nice de parents d’origine polonaise. Dès 1942, il tient un petit rôle dans la scène du banquet des Visiteurs du soir que Marcel Carné tourne aux studios de la Victorine. À Paris, à partir de 1947, il fait de la figuration au cinéma et au théâtre. Il obtient son premier grand rôle dans Le Paradis des pilotes perdus (Georges Lampin, 1949). Choisi par Michelangelo Antonioni pour l’épisode français de Vinti (1952), il devient célèbre en Italie (Graziella, G. Bianchi ; Les Égarés, F. Maselli), mais préfère travailler comme assistant stagiaire auprès de Visconti et de Fellini. De retour en France en 1957, alors que la profession cinématographique est en train de changer sous l’influence des Cahiers du cinéma et du court-métrage, il choisit d’être auteur-metteur en scène.

Jean-Pierre Mocky

Photographie : Jean-Pierre Mocky

« Anarchiste » du septième art, Jean-Pierre Mocky joue des formes les plus populaires – burlesque, caricature, narration feuilletonesque – pour brosser un portrait au vitriol de notre société. Un drôle de paroissien, La Grande Lessive (!), Le Miraculé… autant de titres qui... 

Crédits : Hacquard et Loison/ Opale/ Leemage/ Bridgeman Images

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Désirant adapter La Tête contre les murs d’Hervé Bazin, il écrit le scénario en 1958 et choisit les acteurs, mais les producteurs le préfèrent comme comédien : Mocky accepte finalement que le film soit réalisé par Georges Franju. Dès l’année suivante, il réalise son premier long-métrage, Les Dragueurs, qui connaît un succès public et critique. Désormais, le cinéaste tournera rapidement et avec peu d’argent : dans toute sa singularité, le « système Mocky » est en marche, parallèlement à la nouvelle vague qu’il ne croisera jamais.

D’entrée, l’œuvre de Jean-Pierre Mocky se partage entre comédies et farces burlesques (où prime l’indignation) et drames anarchistes et romantiques (où dominent la révolte et la rage). Les premières inscrivent des personnages utopistes, sortes de Robin des Bois de notre temps, dans un contexte social traité au vitriol. L’affrontement se colore de tonalités grotesques, volontiers triviales et lubriques, mais qui ne manquent ni d’esprit ni de pertinence. S’il peut tomber dans le salace (L’Étalon, 1969), Mocky explore surtout les multiples facettes du ridicule et de la vanité humaine (Snobs !, 1961). Y ont aussi leur part la malice (Les Compagnons de la marguerite, 1966, ou comment falsifier des registres d’état civil pour changer d’épouse sans divorcer), le combat contre la bêtise (La Grande Lessive (!), 1968, avec son sabotage des antennes de télévision sur les toits), sans oublier le mélange d’anticléricalisme et de poésie gothique nocturne qui donne toute leur grâce à des pilleurs de troncs divinement inspirés (Un drôle de paroissien, 1963).

Ces histoires loufoques où la caricature touche à la poésie ne seraient possibles sans des acteurs qui tranchent avec les standards habituels. Mocky enrôle ainsi les « ringards des nanars » des années 1950 (Jean Tissier, Marcel Pérès, Noël Roquevert) comme les vedettes populaires à bout de souffle (Sim, Jacqueline Maillan, Jacques Dufilho). Il donne quelques-uns de leurs plus beaux rôles à Bourvil, Francis Blanche et surtout Michel Serrault (douze films dont L’Ibis rouge, 1975, et Le Miraculé, 1986, où le pèlerinage à Lourdes d’un faux paralytique et l’imagerie religieuse donnent un mélange détonant). Le casting s’ouvre en outre à la génération suivante (Patrick Sébastien, Michel Blanc ou Richard Bohringer), confrontée à des interprètes que l’on ne retrouve que dans le  « Mocky Circus » comme Jean-Claude Rémoleux, Antoine Mayor ou Jean Abeillé.

Solo (1969) est le seul film qui « raconte » les événements de mai 1968 quelques mois à peine après les barricades. Mocky y revient à l’interprétation : il est l’homme en noir, le vengeur et séducteur venu sauver son frère gauchiste et qui en mourra, tout comme ce personnage qu’il incarne dans L’Albatros (1971) et qui kidnappe la fille d’un politicien en pleine campagne électorale, celui qui dénoncera dans son journal la corruption des édiles locaux (Un linceul n’a pas de poches, 1974) ou encore celui qui aidera de jeunes terroristes (Le Piège à cons, 1979). Mocky conjugue le style du film noir américain de la décennie 1950 et celui de la série « sociale » des studios Warner dans les années 1930, mêlant la démesure chaotique d’un monde en proie aux atrocités et une poursuite haletante aussi efficace que les [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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BOURVIL ANDRÉ RAIMBOURG dit (1917-1970)

  • Écrit par 
  • Robert de LAROCHE
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Sans aucun doute possible, Bourvil a été le plus grand acteur comique de sa génération. Son registre s'étendait à tous les genres, de l'humour bouffon au drame , avec une subtilité qui lui a permis de passer d'un extrême à l'autre en donnant l'impression de rester toujours naturel. Tout au long de sa carrière, il eut, à plusieurs reprises, le courage de ne pas se satisfaire d'un succès trop facile […] Lire la suite

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « MOCKY JEAN-PIERRE - (1933-2019) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-pierre-mocky/