FRANJU GEORGES (1912-1987)

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La contribution de Georges Franju au renouveau du cinéma français dans les années cinquante, quoique discrète et toujours située en marge des vagues, anciennes ou nouvelles, et des écoles, voire à contre-courant de celles-ci, est exemplaire. Dans le documentaire, tout d'abord : Le Sang des bêtes (1948), Hôtel des Invalides (1951), Monsieur et madame Curie (1953), Notre-Dame, cathédrale de Paris (1957) sont des réussites rares, dans des genres ingrats par excellence (les visites de musée, l'hagiographie). Réussites dans la voie du lyrisme, du non-conformisme, de l'humour, un humour volontiers corrosif, démystifiant : Franju ne mâche pas ses mots... ni ses images.

Ses films de long métrage, à partir de 1958, conservent ces qualités intactes, par delà quelques maladresses lorsque le scénario ou les interprètes lui échappent. Deux Franju semblent alors se dessiner : celui des transpositions à l'écran d'œuvres littéraires parvient à s'exprimer en « trahissant » subtilement la lettre, mais non l'esprit, des auteurs qu'il adapte, qu'il s'agisse d'Hervé Bazin (La Tête contre les murs, 1959), de Mauriac (Thérèse Desqueyroux, 1962), de Cocteau (Thomas l'imposteur, 1964) ou de Zola (La Faute de l'abbé Mouret, 1970). L'épanouissement est plus net lorsqu'une substance romanesque moins riche permet le déferlement de ses fantasmes : c'est alors le Franju, véritablement inspiré, des Yeux sans visage (1960), de Judex (1964) ou de la série télévisée L'Homme sans visage (1973)ou encore des Nuits rouges (1973).

Georges Franju avait fondé en 1936, avec Henri Langlois et Jean Mitry, la Cinémathèque française. De 1945 à 1953, il fut également secrétaire général de l'Institut de cinématographie scientifique fondé et dirigé par Jean Painlevé. Ses admirations vont à Méliès, à Feuillade, à Fritz Lang (et aussi à Eluard et à Sade). Franju, que l'on traite parfois de violent, d'agressif, est en réalité (comme Buñuel) un généreux et un amoureux des hommes. Il demeure fidèle à quelques idées simples : la haine de la guerre, de l'hypocrisie, de la société répressive, l'amour des animaux et des enfants. Paraphrasant Artaud, on pourrait dire qu'il rêve d'un « cinéma de la cruauté », mais enrobé dans une délicate poésie formelle. La vertu thérapeutique première de son art, écrit Freddy Buache, est de « réinstaller, par ébranlement, une conscience au centre de l'homme ».

—  Claude BEYLIE

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur émérite à l'université de Paris-I, historien du cinéma

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CINÉMA (Aspects généraux) - Les cinémathèques

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre JEANCOLAS
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Pour citer l’article

Claude BEYLIE, « FRANJU GEORGES - (1912-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-franju/