VERNES JEAN-MARC (1922-1996)

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Homme à l'ancienne, qui décidait vite, entre amis, Jean-Marc Vernes a quitté la scène politico-financière le 4 avril 1996, dans sa soixante-quatorzième année. Ainsi que le décrit Roger Prain, qui lui a succédé à la tête de la banque qui porte toujours son nom, « il aimait à rendre service ». Il le prouvera avec Robert Hersant, au côté duquel il s'engagera à fond, et avec Raul Gardini, dont il préservera la famille après le suicide de ce dernier.

Vrai « personnage », diversement apprécié, Jean-Marc Vernes s'interdisait de critiquer ses amis, qui l'ont souvent beaucoup sollicité. Avec un certain panache que même ses détracteurs lui reconnaissaient, il disait « je sais perdre ». Considéré comme le « banquier du R.P.R. », il incarnera pendant plus de quinze ans, depuis le début des années 1980, l'establishment d'opposition aux socialistes.

Intuitif, fonctionnant aux sentiments et à l'instinct, mais homme de parole, Jean-Marc Vernes a exercé son flair vis-à-vis du monde des affaires comme un chasseur. Il a été de toutes les batailles boursières, les bonnes comme les moins bonnes.

Entré le 2 novembre 1945, après sa démobilisation, chez MM. Vernes & Cie, il y a mené sa carrière bancaire. Il s'agissait d'une maison familiale créée en 1821 par Charles Vernes, son trisaïeul, qui poursuivit la voie ouverte par les Vernes, banquiers protestants à Lyon depuis 1780. Quand il fut appelé aux fonctions de sous-gouverneur de la Banque de France, son frère Félix le remplaça.

La maison avait encore en 1945 une structure familiale. Depuis près d'un siècle et demi, elle s'était spécialisée dans la gestion de fortune et jouait le rôle de banque d'affaires. Elle avait acquis sur la place, au cours des ans, estime, considération et confiance.

En 1971, elle fusionne avec la Banque commerciale de Paris, où le groupe Marcel Dassault détient une participation importante. Jean-Marc Vernes, qui était président-directeur général de son établissement depuis 1970, prend la tête de la nouvelle Banque Vernes et commerciale de Paris. En 1982, elle est nationalisée ; « un incident de parcours », dit-il, mais qu'il vivra assez mal. Les 100 millions de francs de dédommagement versés par l'État lui permettront cependant de rebondir. Il participera ainsi à la création de la Société centrale d'investissement (S.C.I.), aux côtés d'Edmond de Rothschild, de la société L'Air liquide, et de Marcel Dassault. L'arrivée en 1991 de Raul Gardini, démis par sa belle-famille de la présidence du groupe Ferruzzi et qui entre dans le capital à hauteur de 37 p. 100, transforme cette société en un important groupe industriel. La S.C.I. s'illustre notamment dans le domaine agro-alimentaire : en 1991-1992, elle rachète les branches cacao et viande de Sucres et Denrées-Barry, l'un des trois premiers négociants mondiaux de cacao, et Vital Sogéviande, premier négociant privé du secteur en France, connu pour sa marque grand public Charal.

Entre 1983 et 1991, Jean-Marc Vernes assure la direction générale de Béghin-Say tout en présidant aux destinées de la Banque industrielle et commerciale du Marais, regroupant ses intérêts, et redevenue le 1er janvier 1991 la Banque Vernes ; celle-ci, cotée en Bourse, compte parmi ses actionnaires le groupe privé Vernes (57 p. 100), la S.C.I. (16,9 p. 100), la Compagnie financière Edmond de Rothschild de banque (10 p. 100). Il investit sans relâche, à tel point qu'il multiplie par vingt sa mise initiale et celle de ses actionnaires. Il s'intéresse au secteur de la communication et prend 5 p. 100 de Havas au moment de sa privatisation en 1987, 10 p. 100 de l'O.D.A., la régie publicitaire des annuaires téléphoniques, et 9 p. 100 de La Cinq, pour aider son ami Robert Hersant.

En 1989, la Compagnie financière de Suez lance une O.P.A. sur Colonia-Victoire, le pôle d'assurances créé par Jack Francès et Vernes lui-même. En dépit du renfort de Marc Fournier, patron de la Compagnie de navigation mixte – un allié de longue date –, les deux hommes devront céder à l'issue d'une bataille homérique, moyennant toutefois un confortable chèque de 6,5 milliards de francs.

Cet as des coups financiers connaîtra cependant des désillusions à la fin de sa vie. Le suicide de Raul Gardini, soupçonné de corruption par la justice italienne, va le contraindre à racheter au prix fort 10 p. 100 du holding financier, pour ôter la minorité de blocage à la famille Ferruzzi qui s'entre-déchire. Il devra également lourdement provisionner la participation de 11 p. 100 dans la « Mixte » acquise en 1989 pour aider Marc Fournier, alors attaqué par Paribas. Enfin, la Banque Vernes enregistre des pertes immobilières importantes.

Entreprenant et optimiste, affable, faisant preuve d'un franc-parler qui tranchait avec l'image conventionnelle du banquier, Jean-Marc Vernes était aussi un esthète. C'est ainsi qu'il avait acquis le coffret à bijoux de Marie-Antoinette pour en faire don au patrimoine national. C'est également lui qui avait acheté en 1992 le Jardin à Auvers de Van Gogh dans une vente à l'hôtel Drouot.

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Pour citer l’article

Marie-France BAUD-BABIC, « VERNES JEAN-MARC - (1922-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-marc-vernes/