GAYON JEAN (1949-2018)

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Gayon et l’épistémologie historique

L’intérêt de Gayon pour l’histoire des concepts tendrait au contraire à le rapprocher du « style français » en histoire et philosophie des sciences, souvent résumé sous le vocable fortement polysémique d’« épistémologie historique » et dont les figures principales furent successivement Gaston Bachelard, Georges Canguilhem et Michel Foucault. Cependant, si lui-même aimait à dire, au cours des dernières années de sa vie, que les enseignements de Canguilhem l’avaient profondément marqué, il n’en demeure pas moins compliqué de rattacher son travail au courant de l’épistémologie historique. Ou plutôt, cela nécessiterait d’y inclure un rapport entre philosophie et histoire qui ne fut à l’œuvre chez aucun des grands noms de ce mouvement. En effet, l’attention de Gayon à l’histoire est incontestablement plus soutenue que chez Bachelard et même Canguilhem, en cela qu’elle consiste en un travail conséquent non seulement au contact direct des sources primaires mais également des fonds d’archives. Cette rigueur historienne se lit de manière évidente dans les multiples travaux que Richard Burian et lui-même ont consacrés à l’histoire de la génétique en France. Leurs recherches conjointes, entamées elles aussi au cours des années 1980, ont donné lieu à un ensemble de publications qui éclairent d’une manière probablement définitive le sort si étonnant de la génétique dans la biologie française. Ils ont montré en particulier comment la physiologie bernardienne et la microbiologie pasteurienne avaient joué un rôle complexe et ambigu dans la réception de cette science : d’abord arguments du rejet de la génétique classique, ces traditions furent ensuite l’occasion d’un essor soudain et spectaculaire de la génétique physiologique puis moléculaire en France, lorsque le débat international se déplaça sur ce terrain.

Cet intérêt pour les sources primaires, publiées et non publiées, pourrait suggérer une plus grande proximité avec l’archéologie foucaldienne. Cependant, Gayon ne s’intéresse pas en tant que tel au discours dans son existence passée, mais plutôt aux modes de rationalité scientifique construits au sein de ces régimes discursifs. L’historicisation, loin d’ouvrir la voie au relativisme épistémique, inspire en même temps qu’elle régule la réflexion philosophique. Ainsi, à l’intersection de la philosophie, de la biologie et de l’histoire, la perspective méthodologique de Jean Gayon, qui ne souhaite ni sacrifier la clarté et la rigueur du propos, ni se priver de la richesse de la science selon son histoire, demeure difficile à caractériser, et ce d’autant plus que lui-même a toujours pris garde de rester en dehors des querelles de clocher qui ont agité le champ des études sur les sciences depuis les années 1970.

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Écrit par :

  • : docteur en épistémologie et histoire des sciences, chargé de recherche au CNRS, professeur agrégé de sciences de la vie et de la Terre

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Pour citer l’article

Laurent LOISON, « GAYON JEAN - (1949-2018) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-gayon/