BEDFORD JEAN DE LANCASTRE duc de (1389-1435)

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Troisième fils d'Henri IV d'Angleterre, Jean de Lancastre est fait duc de Bedford par son frère Henri V en 1414. Mêlé très jeune aux luttes politiques, il soutient son frère qui lui confie la lieutenance du royaume lors de ses expéditions en France. À ce titre, il prend Berwick aux Écossais et réprime l'hérésie lollarde. En 1422, il rejoint le roi malade en France, prend le commandement de l'armée, mais Henri V meurt en laissant un fils de huit mois. Cet enfant, Henri VI, hérite quelques semaines plus tard, à la mort de Charles VI, du royaume de France selon les clauses du traité de Troyes.

Le second fils d'Henri IV, Clarence, ayant été tué à Baugé, Bedford devient selon la volonté du roi défunt et par décision du Parlement « protecteur et défenseur du royaume et de l'Église d'Angleterre ». Il laisse cependant le gouvernement de l'Angleterre à son frère, le duc de Gloucester, et prend pour lui la régence du royaume de France bien qu'Henri V ait vraisemblablement désigné le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, pour remplir cette fonction. Bedford mène une politique habile s'appuyant sur la Bourgogne et la Bretagne ; en 1423 il épouse Anne, sœur de Philippe le Bon. Ses troupes sont victorieuses à Cravant et à Verneuil en 1424. Mais l'alliance bourguignonne est peu sûre ; le duc, qui n'a guère d'intérêt à faire le jeu des Anglais en France, tourne sa politique vers les Pays-Bas où les prétentions de Gloucester, qui mène une politique personnelle dans le Hainaut, conduisent à un conflit avec les Bourguignons ; le régent a bien du mal à empêcher ceux-ci d'écraser les troupes de Gloucester en Flandre (1424). Le roi de France, Charles VII, réussit à rallier le duc de Bretagne à sa cause et les succès anglais sont de plus en plus limités. Bedford gouverne un peu moins du quart de la France, avec modération, mais ses moyens sont limités. Si l'Angleterre continue à fournir des hommes, la France doit fournir les subsides ; or les impôts ne rentrent bien qu'en Normandie. Les réformes prônées par le parti bourguignon n'aboutissent pas à des résultats positifs, sauf dans le domaine monétaire. Plus grave, la légitimité d'Henri VI est contestée par la majeure partie de la population française. À ces difficultés s'ajoute pour Bedford la nécessité de rétablir l'ordre en Angleterre où il se rend en 1426 pour mettre fin au conflit qui oppose Gloucester aux Beaufort. C'est dans ces conditions difficiles (mais la situation de Charles VII ne semble pas meilleure) que, malgré l'avis initial du régent, l'opération contre Orléans est décidée en 1428. L'échec devant la ville, les succès de Jeanne d'Arc, le sacre de Reims (1429) poussent un moment Bedford à se replier sur la Normandie. Les hésitations de Charles VII lui permettent de limiter les pertes. Pour sauver l'alliance bourguignonne, il cède à Philippe le Bon la Champagne et la Brie, à charge pour lui de les reconquérir. En 1431, il fait sacrer Henri VI à Paris. Mais la situation est de plus en plus difficile ; la mort de sa femme Anne distend les liens avec la Bourgogne dont le duc se rapproche de Charles VII ; des soulèvements ont lieu en Normandie — sa possession est considérée par Bedford comme indispensable. Or, en 1433, il doit à nouveau regagner l'Angleterre pour réorganiser les finances ; nommé premier conseiller du jeune roi, il se heurte à Gloucester et retourne en France. Il envoie des représentants au congrès d'Arras où sa politique s'effondre, il meurt à Rouen une semaine avant que l'accord n'aboutisse entre Charles VII et Philippe le Bon.

Longtemps décrié par les historiens français pour avoir laissé brûler Jeanne d'Arc, Bedford apparaît en fait comme un homme politique compétent, conscient de ses devoirs, bon administrateur et plus humain que nombre de ses contemporains. Il a échoué dans son entreprise, le maintien de la monarchie franco-anglaise, mais les circonstances et, en particulier, la naissance du sentiment national en France rendaient sa tâche impossible. Grand amateur d'art, il a laissé son nom à un peintre miniaturiste parisien qui a travaillé pour lui, le Maître de Bedford.

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  • : agrégé de l'Université, assistant à l'université de Paris-I

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  • Écrit par 
  • Jacques LE GOFF
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Pour citer l’article

Paul BENOÎT, « BEDFORD JEAN DE LANCASTRE duc de (1389-1435) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-de-bedford/