LE PRINCE JEAN-BAPTISTE (1734-1781)

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Jean-Baptiste Le Prince naquit le 17 septembre 1734 à Metz dans la famille d'un maître sculpteur doreur. Vers dix-sept ans, il obtint une pension du maréchal de Belle-Isle, gouverneur de Metz, et fit partie de sa suite quand ce dernier se rendit à Paris, où il devint bientôt l'élève de François Boucher. En 1752, il épousa Marie Guiton, qui avait deux fois son âge et une certaine fortune. Il s'en sépara bientôt et partit vers 1754 pour l'Italie. Il en revint avec des dessins de ruines, dont six furent gravés par Saint-Non en 1756. Mais d'autres voyages le menèrent en Hollande, où il étudia d'après les eaux-fortes de Rembrandt, puis en Russie, où se trouvait déjà son frère et l'une de ses sœurs. Le Prince arriva à Saint-Pétersbourg en 1758. L'auteur de l'unique monographie parue sur l'artiste en 1879, Jules Hédou, raconte les circonstances pittoresques de ce voyage : le navire sur lequel Le Prince s'était embarqué fut pris par un corsaire anglais et l'artiste ne put retrouver la liberté ainsi que ses bagages qu'en jouant du violon pour amuser l'équipage.

Parmi les artistes français du xviiie siècle qui allèrent travailler à l'étranger, Le Prince occupe une position originale. Comme il n'avait pas été invité par la cour de Russie, il entreprit un véritable voyage d'aventure. Muni de lettres de recommandations, il se présenta à l'ambassadeur de France, le marquis de l'Hôpital, et celui-ci lui fit obtenir des commandes auprès de la noblesse russe ainsi qu'auprès de l'impératrice Élisabeth, qui lui confia la décoration de quelques plafonds au palais d'Hiver. Le Prince continua à voyager, il alla à Moscou, en Livonie, en Finlande et jusqu'aux confins de la Sibérie. Il rapporta de ses voyages une riche collection de dessins de paysages, de types humains et de costumes, ainsi que des objets et des vêtements des différents peuples de la Russie, décrits dans l'inventaire de sa succession. Cette collection lui servit tout au long de sa vie : lorsqu'il revint à Paris en 1763, il fit de sa connaissance de la Russie un vrai métier, en inventant, à côté des « turqueries » et des « chinoiseries », une nouvelle forme d'exotisme orientaliste, la « russerie ».

Dans son Abecedario, Mariette fut le premier à le condamner : « Lorsqu'il passa en Russie (je crois en 1758) ses talents me paraissaient assez médiocres ; il dessinait des paysages et en gravait, et y mettait si peu de vérité que je tremblais pour lui qu'il ne devint un peintre praticien et rien davantage. Le pays où il allait n'était pas, d'ailleurs, une école propre à former. Il en a été autrement. Il a fait en Russie des études sans nombre d'après nature, et il en est revenu avec une ample collection de dessins dont il sut tirer parti lorsqu'il se présenta pour être agréé à l'Académie. » Tous ceux qui écriront sur lui, répéteront à la suite de Mariette que Le Prince n'était pas allé en Russie pour exercer ses talents mais pour les former. Ce jugement est pourtant inexact. Formé à l'école de Boucher et ensuite en Italie et en Hollande, Le Prince ne trouva en Russie que le thème de son œuvre. Encore fallait-il savoir le trouver. Comme l'artiste l'écrit lui-même dans sa lettre à M. de La Place, publiée dans Mercure de France en octobre 1764, il fut le premier des étrangers en Russie à regarder au-delà de la façade européanisée du pays et à y « trouver des beautés dans la simplicité et le pittoresque des habillements du peuple ».

À partir de 1765, Le Prince exposa au Salon ses tableaux et gravures sur les thèmes russes. La même année, il fut reçu académicien pour Le Baptême russe (Louvre), tableau que Diderot admira. En 1764-1765, l'artiste publia plusieurs suites d'eaux-fortes : Divers Ajustements et usages de Russie, Habillements des prêtres de Russie, Strélitz, Habillements des femmes de Moscovie, Vues de Saint-Pétersbourg, auxquelles succédèrent bientôt les Habillements des peuples du Nord, Première et Deuxième Suite des Cris des marchands de Russie, Habillement des diverses nations, etc. Ces cahiers furent dédiés à Cochin, Chardin, Boucher, Vernet ou Pajou. Les gravures sont accompagnées de légendes qui forment une sorte d'essai sur les coutumes de la Russie populaire.

Au salon de 1767, Le Prince exposa quinze tableaux [...]

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Écrit par :

  • : chargée de recherche au centre André-Chastel, université de Paris-IV-Sorbonne, docteur en histoire et civilisation de l'École des hautes études en sciences sociales, habilitée à diriger les recherches

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Pour citer l’article

Olga MEDVEDKOVA, « LE PRINCE JEAN-BAPTISTE - (1734-1781) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-baptiste-le-prince/