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CAGNEY JAMES (1899-1986)

On réduit trop souvent James Cagney à l'image du gangster paranoïaque, au débit rageur et saccadé, ou du « paumé » que l'Amérique désemparée des années 1930 n'a pas réussi à inclure dans son échelle de valeurs. Il serait toutefois bien injuste de ne garder de lui que le souvenir de ces personnages un peu névrosés, alors qu'il obtint son premier oscar, en 1942, avec La Parade de la gloire, où il incarne une grande figure de la comédie musicale de Broadway, George M. Cohan.

Né à New York dans le quartier de l'East Side, James Cagney, d'origine irlandaise, s'apparente dans son adolescence aux jeunes héros des romans de Sinclair Lewis ou Upton Sinclair, perdus dans la jungle des villes. À l'âge de vingt ans, après avoir envisagé une carrière de boxeur professionnel, il se tourne vers les théâtres de vaudeville, très prisés dans les premières décennies du xxe siècle. Cette école de music-hall, très hiérarchisée, le conduit tout naturellement à Broadway, où il interprète Penny Arcade.

À l'avènement du parlant, de nombreux acteurs se retirent ; les talents scouts des studios recherchent alors des personnalités susceptibles de chanter, danser, jouer la comédie, ou de captiver les spectateurs grâce à une diction, un phrasé originaux. C'est ainsi que Cagney est remarqué par la Warner Bros. Cette firme de production se consacre aux films « sociaux » ou aux comédies musicales extravagantes, qui ne dissimulent pourtant pas l'arrière-plan de crise économique. Débutant avec l'adaptation cinématographique de Penny Arcade intitulée Sinner's Holiday (1930), Cagney va s'imposer comme l'acteur le plus populaire de la firme. Il est très rapidement remarqué dans The Public Enemy (1931), où la scène du pamplemousse écrasé sur le visage de sa partenaire Maë Clarke devient vite une « scène d'anthologie ». Sans pour autant se laisser enfermer dans ce personnage de gangster irascible, James Cagney tourne trois ou quatre films par an, notamment L'affaire se complique (1933), Prologues (ibid.), et Jimmy the Gent (1934).

En 1935, rompant avec cette galerie de voyous urbains et de jeunes journalistes véreux, James Cagney interprète le rôle de Bottom dans l'adaptation du Songe d'une nuit d'été par William Dieterle et Max Reinhardt. Son dynamisme constitue l'élément réaliste et moderne de ce film onirique et baroque. Puis il alterne des rôles de « G-Man » (hors-la-loi) avec ceux qui firent sa gloire. Gangster de circonstance dans Les Anges aux figures sales (1938), il entraîne vers la délinquance un groupe de jeunes gens. Condamné à mourir sur la chaise électrique, il abandonnera toute superbe pour devenir un petit homme veule et lâche. Mélodrame sublimé ou fin saint-sulpicienne, peu importe : l'impact de cette scène demeure extraordinaire et atteste l'étendue du jeu de l'acteur. James Cagney devient alors le comédien le plus payé de la firme : il choisit ses scénarios et fait équipe avec de nombreux autres acteurs de composition de la Warner. À la fin des années 1930, il incarnera encore deux figures fameuses de la prohibition et de ce « fantastique social » : le gangster des Roaring Twenties (1939), de Raoul Walsh, et le journaliste condamné à tort, qui, dans À chaque aube je meurs (ibid.), va connaître l'enfer de l'incarcération.

Si l'on en croit l'autobiographie de James Cagney, ce ne furent pas tant ces rôles qui le fascinèrent que ceux où il put exprimer son aptitude à la chorégraphie, comme La Parade de la gloire (1942), et surtout The Strawberry Blonde (1941) de Raoul Walsh : il campe dans ce film un Irlandais bagarreur, une sorte de John Wayne revu par Tex Avery.

Devant le succès qu'il connaît, James Cagney demande aux frères Warner de réviser son contrat. Devant leur refus, il fonde avec son frère[...]

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Pour citer cet article

André-Charles COHEN. CAGNEY JAMES (1899-1986) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 25/03/2009

Autres références

  • COMÉDIE AMÉRICAINE, cinéma

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    • 5 126 mots
    • 18 médias
    ...lesquels aime à se reconnaître le public américain. Outre The Front Page (1931) de Lewis Milestone, c'est le cas de nombre de films interprétés par James Cagney[Blonde Crazy (Larceny Lane, 1931) ; Taxi ! (1932) de Roy Del Ruth ; Jimmy the Gent (1934) de Michael Curtiz], ou son équivalent féminin...