ITALIEGéographie

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quelques données-clés.
CapitaleRome
Langue officielleitalien 2
Note : L'allemand et le français sont également des langues officielles locales, respectivement dans les régions du Trentin-Haut-Adige et du Val d'Aoste
Unité monétaireeuro (EUR)
Population58 981 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)302 073

Les marges : la « question méridionale »

Si les intérêts nationaux italiens passent donc pour l'heure essentiellement par le Nord, le décrochage persistant du Sud, reste la limite majeure de ce modèle. Le Sud, ou Mezzogiorno, compte, avec les îles, environ 20 millions d'habitants, soit 35 p. 100 de la population italienne, mais il ne représente qu'un quart du PIB. Certes, les termes de cette « question méridionale » ont changé : autrefois problème agraire (les grands domaines latifundiaires avec leurs cohortes d'ouvriers agricoles misérables), elle est désormais avant tout urbaine (les services y fournissent plus des deux tiers des emplois, l'agriculture occupe à peine 406 000 personnes). Ses contours officiels, dessinés par les politiques d'aide au développement régional, se sont resserrés : l'aire d'intervention de la Caisse puis de l’Agence du Midi (1950-1993) commençait aux portes de Rome ; aujourd'hui seules la Campanie, la Calabre, la Sicile et les Pouilles sont encore classées régions prioritaires : elles bénéficient de l'aide que l'Union européenne réserve aux régions dont le PIB par habitant est inférieur à l'indice 75 (UE à l’indice 100).

L'État à la fois faible et omniprésent

Mais, sans être une cassure absolue – pour les niveaux de scolarisation, la différence entre Nord et Sud est modérée –, le dualisme s'observe dans des domaines très divers. Ainsi, les dépenses de recherche et développement sont l'apanage du Nord : même Naples, malgré ses universités, n'atteint pas la moyenne nationale. Le déclassement de cette ville, qui fut une capitale importante, est flagrant, en dépit de la présence d'éléments de centralité qu'envieraient bien des grandes villes françaises : Bibliothèque nationale, industrie aérospatiale (Alenia)... La question méridionale a aussi une dimension sociale : le taux d'emploi est de 42,5 p. 100 pour la population d'âge actif (20-64 ans) en 2015, alors qu'il est proche des deux tiers dans le Nord. Le chômage est quatre fois plus élevé en Campanie qu'en Vénétie. Au plus fort de la crise économique mondiale, en 2009, le Sud a enregistré 45 p. 100 des pertes d'emplois du pays – épisode suivi d’une nouvelle crise en 2012-2013 – et, malgré une reprise, il n’a pas encore recouvré ce qu’il avait perdu. Une autre composante structurelle de la question méridionale est un rapport ambivalent à l'État. Par certains côtés, celui-ci est surreprésenté : l'administration, les industries d'État, les grands chantiers ont un rôle important dans le marché du travail méridional, même s'ils ont connu des réductions draconiennes depuis les années 1990. Mais il est insuffisamment présent dans d'autres domaines : le déficit hospitalier est criant dans le Sud, et les coupures d'eau restent fréquentes, situation paradoxale dans un pays riche. Cette faiblesse de l'État renvoie bien sûr à des éléments graves et très médiatisés, comme la criminalité organisée (mafia sicilienne, camorra napolitaine, qui est aujourd'hui une composante de la « crise des déchets » de Naples...), mais c'est aussi, de façon plus diffuse, un rapport distendu à la légalité, corollaire de conditions de vie souvent médiocres et précaires : ainsi, le travail irrégulier (qui ne respecte pas les normes en vigueur ou est effectué par des personnes officiellement inactives : étudiants, femmes au foyer, retraités...) concerne trois emplois sur dix en Calabre, bien plus que dans la troisième Italie.

Une jeunesse toute relative

La démographie fut longtemps une dimension de la question méridionale. En particulier, si l'émigration italienne a touché toute la péninsule, c'est dans le Sud que ses conséquences furent les plus fortes et les plus longues, car étalées sur plusieurs générations – ses revenus furent réinvestis dans la formation de micropropriétés, l'épargne (qui alimenta la croissance du Nord), plus récemment le parc immobilier...

Italie : démographie

Tableau : Italie : démographie

Indicateurs démographiques des grands ensembles régionaux italiens (source : Istat). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Aujourd'hui, la démographie joue de façon ambiguë dans le clivage Nord-Sud. À certains égards, elle est plutôt à l'avantage du Sud. En effet, l'indice de vieillesse (rapport entre le nombre de personnes de plus de 65 ans et les jeunes de moins de 15 ans) y augmente certes rapidement mais reste plus contenu (indice 117 en 2016 en Campanie) que dans le Nord (246,5 en Ligurie, Italie : 161,4). Néanmoins, le solde naturel est aujourd’hui négatif comme dans les autres parties du pays. En matière de comportements démographiques, ce sont en effet des logiques nationales qui prévalent : même dans le Sud, loin du stéréotype des mamme aux grandes familles, le taux de natalité se situe autour de 9 p. 1 000. Il faut tenir compte aussi de l'apport moins élevé de l'immigration. Par ailleurs, dans le Sud comme dans le Nord, pour de nombreux analystes, la situation d'atonie démographique que connaît la société italienne renvoie à une mue de la cellule familiale : celle-ci reste structurée par le mariage mais, contrairement aux Françaises qui associent de plus en plus travail à temps plein et enfants, les Italiennes doivent encore souvent choisir entre l'emploi et les enfants – et cela davantage dans le Sud. Reste à voir s'il s'agit là d'un état durable ou d'une étape précédant l'invention d'un nouveau modèle de fécondité.

La démographie reste donc par de nombreux aspects un indicateur de la crise structurelle du Mezzogiorno : dès les années 1990 et encore plus dans la décennie 2010, celui-ci connaît même une reprise de l'émigration (plus de 1,7 million de départs entre 2002 et 2015). L'aspiration à un marché du travail plus diversifié et moins clientéliste est récurrente dans les motivations des jeunes qualifiés (18 p. 100 sont titulaires d’un master) qui quittent le Sud.

Une intégration nationale inachevée

À travers ces multiples facettes, le dualisme Nord-Sud pose enfin la question de la responsabilité de l'État et celle de l'intégration nationale. Certes, le « retard » économique du Sud était avéré avant l'Unité, réalisée sous l'égide du Piémont, mais les premières décennies suivant celle-ci ont accentué les avantages économiques initiaux du Nord. La persistance du dualisme pose aussi la question de l'efficacité de l'État contemporain : le Mezzogiorno, longtemps négligé, a en effet été l'objet d'une attention officielle à partir de 1950. Or cette politique méridionale, malgré des débuts prometteurs (l'autoroute du Soleil a été construite en des temps très courts), a produit des résultats décevants : en particulier dans les années 1980, les grands chantiers y ont connu de nombreux dysfonctionnements, avec des cas nombreux de corruption voire de recyclage d'argent sale. Cet échec relatif de la puissance publique à permettre le rattrapage du Sud est encore plus flagrant si on compare l'Italie au reste de l'Europe : l'Ouest français, dont les conditions [...]

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Dominique RIVIÈRE, « ITALIE - Géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/italie/