ITALIEGéographie

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CapitaleRome
Langue officielleitalien 2
Note : L'allemand et le français sont également des langues officielles locales, respectivement dans les régions du Trentin-Haut-Adige et du Val d'Aoste
Unité monétaireeuro (EUR)
Population58 981 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)302 073

Le développement italien, entre les métropoles et les districts de la « troisième Italie »

Pendant plusieurs générations, pour des millions d'Italiens et en particulier de Méridionaux, l'accès au développement est passé par l'exode vers les bassins houillers français et belges, les chantiers des grandes villes américaines et européennes... Bien plus qu'à la rareté des ressources minières (exception à cette pénurie, le château d'eau alpin a contribué à l'industrialisation du Nord, via l'hydroélectricité), cet état de sous-développement relatif renvoyait à une situation d'ensemble de la Méditerranée, qui a connu un décrochage économique majeur à partir des Grandes Découvertes, depuis l'époque moderne jusqu'au xixe siècle.

Un développement rapide mais heurté

La relance italienne de l'après-Seconde Guerre mondiale en est d'autant plus spectaculaire. Très rapide et intense, elle est portée par l'industrie puis les services. Comme pour les autres pays d'Europe du Sud, elle s'est accompagnée d'une mue sociale radicale. L'espérance de vie dépasse aujourd’hui 82 ans ; longtemps pays à forte natalité, l'Italie est devenue à partir des années 1980 un des pays les moins féconds de la planète avec moins de 1,4 enfant par femme. Longtemps terre d'émigration (de 1876 à 1985, quelque 27,5 millions d'Italiens l'ont quittée), elle accueille un nombre croissant d'immigrés – cinq millions de personnes en situation régulière selon les estimations de l'Institut national de statistiques en 2016. L'immigration, récemment mise sur le devant de la scène par la crise des réfugiés, assume un rôle majeur dans le soin aux personnes (les « badanti »).

Par ailleurs, le rattrapage économique de l'après-guerre n'aligne pas totalement l'Italie sur les standards d'Europe du Nord : le pays exerce peu d'attraction pour les investisseurs étrangers et, en décalage avec l'économie de la connaissance promue par l'Union européenne, il s'oriente plus faiblement vers les activités de recherche-développement que d'autres grands pays industriels. Les grands groupes y restent rares, mais ils ont un rôle structurant, à l'instar de Fiat. Les phases de croissance y alternent de façon plus brutale qu'en France avec des crises : ainsi, la récession qu'a connue la péninsule dès la première moitié des années 2000, et plus encore après la crise financière mondiale (PIB par hab. : indice 109 en 2005, 96 en 2016, avec 100 pour l’UE), alimente la hantise d'un décrochement par rapport au reste de l'Europe. On constate à partir de 2009 une chute brutale des exportations et de la production industrielle et, parallèlement, on assiste à une remise en cause du lien entre grandes entreprises et territoire national (alliance Fiat-Chrysler). La péninsule entre alors dans le collimateur des agences de notation comme « maillon faible » potentiel de la zone euro et voit se succéder les plans d’austérité. Pourtant, la dette souveraine est en large part détenue par les Italiens, l'endettement privé est contenu... En cause, bien sûr, l'importance de la dette publique : 132 p. 100 du PIB (2015) même si le déficit est quant à lui dans la moyenne européenne.

En somme, la crise actuelle témoigne aussi de la place toujours ambiguë de l'Italie dans le concert des nations riches européennes. Pourtant, au-delà de ces caractéristiques d'ensemble, c'est dans le territoire que s'incarne le « modèle » italien, ses réussites et ses limites. En effet, l'Italie a inventé un modèle économique original qui constitue peut-être aujourd'hui un des ressorts de sa capacité à répondre à la crise. Dans les décennies de l'après-guerre, on a assisté à un véritable dédoublement des logiques du développement, qui réinterprète de deux façons le fait urbain.

Les métropoles : le triangle industriel... puis Rome

Fiat est fondée à Turin dès la fin du xixe siècle, comme d'autres fleurons de l'économie italienne. Le noyau de l'industrialisation s'est longtemps cantonné au triangle industriel Gênes-Milan-Turin, les autres grandes villes restant en retrait.

Italie : régions métropolitaines

Tableau : Italie : régions métropolitaines

Le poids des régions métropolitaines italiennes (source : Istat). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'essor économique de l'après-guerre renforce en partie cette centralité du Nord-Ouest. En effet, il suit dans les grandes lignes le modèle classique de l'Europe du Nord, c'est-à-dire un rôle moteur de la grande entreprise et de l'État, exploitant des activités alors typiques des pays développés (automobile, chimie, métallurgie, machines...). C'est le triangle industriel qui en est l'assise majeure, dans un système de type métropolitain générant, au moins dans une première phase, d'importantes migrations interrégionales, du sud vers le nord (jusqu'à 240 000 personnes par an dans les années 1950 et 1960). Ce modèle est alors fortement marqué par l'industrie tayloriste : Turin, « ville-usine » de Fiat, en fut l'archétype. Mais le triangle dispose de bases fonctionnelles plus larges que les vieilles régions industrielles françaises : dense réseau d'infrastructures, bon réseau de services aux entreprises, tissu industriel diversifié, etc. Il est entré en restructuration, souvent avec succès, dès les années 1980. En témoigne par exemple le remodelage de Turin : perte d'emplois industriels – la gigantesque usine de Mirafiori a perdu les trois quarts de ses effectifs –, mais reconversion des friches, aménagement d'un métro, etc.

Fiat Mirafiori à Turin

Photographie : Fiat Mirafiori à Turin

Chaîne d'assemblage à l'usine Fiat Mirafiori de Turin, qui a été longtemps la plus grande usine d'Italie, employant plus de 50 000 ouvriers. 

Crédits : Alessia Pierdomenico/ Bloomberg/ Getty Images

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Italie : le développement régional

Dessin : Italie : le développement régional

Les « trois Italies » (D. Rivière et M. Marandola). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Le rattrapage de Rome est la mutation majeure de ce modèle « central » : initialement, la Ville éternelle avait été choisie comme capitale pour sa situation – elle se trouve à 670 kilomètres de Turin par la route, à 700 kilomètres de Reggio de Calabre – et surtout pour sa charge culturelle et symbolique. Longtemps mineure sur le plan économique, elle a connu une affirmation à partir des années 1950 : administrations mais aussi industries d'État et de consommation attirées par un marché en expansion, consolidation du système bancaire. Autant de bases auxquelles s'ajoutent, à partir des années 1970 et 1980, des ferments « technopolitains », c'est-à-dire associant recherche et production industrielle, comme l'électronique (IBM), la pharmacie... Si l’on prend pour indice 100 la moyenne de l'UE, le PIB par habitant du Latium atteignait l'indice 122 en 2007, mais est redescendu à 110 en 2015 du fait de la crise (Lombardie : respectivement 135 et 127). L’essor de la capitale reste certes limité – comme Naples, elle participe peu aux exportations – mais, inscrit dans une tendance générale favorable aux capitales européennes, il vient apporter un démenti au stéréotype opposant « Milan industrieuse et productive » à « Rome belle et improductive ». L'intégration économique de ces métropoles devrait croître avec l'achèvement du réseau de lignes ferroviaires à grande vitesse. Mais les concurrences sont également vives, comme en ont témoigné, à la fin des années 2000, les [...]

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Italie : carte physique

Italie : carte physique
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Mont Sassongher, Italie
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Dominique RIVIÈRE, « ITALIE - Géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/italie/