Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

INTIMITÉ

Entre espace public et espace privé, l'intimité se définit, selon les termes de Georg Simmel, à l'œuvre duquel font aujourd'hui référence de nombreux sociologues, comme une forme pure de socialisation, affranchie de tout contenu susceptible à lui seul de lui conférer une identité propre. Une relation intime apparaît dès que la face interne de cette relation est éprouvée par les acteurs comme son aspect essentiel, dès que sa structure affective, pour reprendre les termes de Simmel, « met l'accent sur ce que chacun ne donne ou ne montre qu'à une seule personne et à personne d'autre : alors on a cette tonalité particulière que l'on nomme intimité ». De même que deux conversations peuvent avoir le même contenu, la recherche de la vérité, par exemple, mais que seule sera qualifiée de sociable la conversation où cette recherche est non pas le but mais le prétexte de l'échange verbal, car seules comptent les personnalités en présence ; de même, deux relations peuvent être tout à fait semblables dans leur matérialité, mais seule est à qualifier d'intime celle où le type de réciprocité entre individus sera considéré comme exclusif, et comme vecteur de la relation.

Intimité et discrétion

Lorsque des circonstances comme un voyage ou une réunion nous inclinent à faire à des personnes qui nous sont indifférentes des confidences très personnelles, réservées d'ordinaire à des proches, nous savons bien que celles-ci ne constituent pas pour autant une relation intime. La confusion s'instaure lorsque ce « contenu » adopte une sorte d'existence séparée ; par les voies du commérage, à travers des relations de voisinage ancrées dans la durée, il fait entrer par effraction dans le cadre restreint et électif de l'intimité le tiers, individuel ou collectif, qui peut sinon miner de l'intérieur l'intimité, du moins lui porter ombrage ; il s'est ouvert à un élément extérieur, de sorte que le même contenu de paroles qui, entre intimes, avait là son lieu, inopinément offert à un tiers, transforme la confession en indiscrétion. Le statut de la parole a changé, la relation de confiance est minée car le secret, immanent aux relations intimes entre deux personnes, a trouvé indûment un auditeur superfétatoire, et donc un traître en puissance. La discrétion qui devrait prévaloir pour garantir le lien n'est que rarement effective, tant ses conditions supposent une finesse partagée. Le savoir réciproque que nous avons les uns des autres impose, pour le maintien de l'intimité, l'observation de cette norme : « tout ce qui n'est pas dissimulé peut être connu, et tout ce qui n'est pas révélé ne doit pas non plus être connu ».

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

Classification

Pour citer cet article

Lilyane DEROCHE-GURCEL. INTIMITÉ [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • SEXUALITÉ HISTOIRE DE LA

    • Écrit par
    • 6 738 mots
    • 2 médias
    Cette invention de l'amour conjugal prend place dans un processus multiséculaire de création d'un domaine de l'intimité. Dans ses travaux, Norbert Elias décrit ce passage d'une société où les émotions et les fonctions corporelles sont visibles et explicites à un monde où les individus doivent...