MOÏSSEIEV IGOR ALEXANDROVITCH (1906-2007)

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Igor Alexandrovitch Moïsseiev, fondateur du ballet du même nom, fut le créateur d'une forme entièrement nouvelle : le ballet national folklorique. Sa compagnie, qui tourna dans tous les pays pendant plus de cinquante ans, fut l'une des plus populaires du xxe siècle, grâce à son énergie, son entrain et l'originalité chorégraphique de son inventeur.

Igor Alexandrovitch Moïsseiev naît à Kiev, le 21 janvier 1906 (le 8 janvier selon le calendrier julien en cours à l'époque). Son père, Alexandre Mikhaïlovitch, est avocat, pratiquant bien la langue française, et sa mère, mi-française mi-roumaine, est modiste. Soupçonné par le régime tsariste d'être anarchiste, son père est jeté en prison peu de temps après la naissance d'Igor. Sa mère décide d'emmener son fils, qui a environ cinq ans, en pension, à Paris et retourne en Russie s'occuper de son mari. À l'âge de huit ans, il revient en Russie, son père ayant finalement été acquitté et libéré. Sa famille, frottée de culture occidentale, a un goût prononcé pour les arts. Pendant ses jeunes années, Igor Moïsseiev étudie le chant, mais sa voix se dégrade à l'adolescence.

Igor a quatorze ans lorsque son père apprend qu'une école de danse, située juste à côté de leur demeure, à Moscou, recrute des élèves. Il conseille à Igor de postuler, car il pense que la danse lui donnera de la force, de la tenue et de l'élégance, qualités qui lui semblent essentielles. Ainsi Igor entre dans l'école de la ballerine du Bolchoï Vera Illitchina Masolova. Après deux ou trois mois, celle-ci recommande Igor au directeur du Bolchoï et il entre dans la classe du célèbre maître de ballet Alexandre Gorski à l'école du théâtre Bolchoï en 1921. Il intègre la compagnie en tant que soliste (sans passer par le corps de ballet) en 1924.

Disciple du chorégraphe avant-gardiste Kasyan Goleïzovski, qui sera également l'un des mentors de George Balanchine, amateur de chorégraphie contemporaine, Moïsseiev est exclu en 1925 du Bolchoï avec un petit groupe de danseurs. Il sera réintégré quelques jours plus tard grâce au soutien du commissaire du peuple à l'Instruction publique, Anatoli Lounatcharski (qui aimait également les audaces d'Isadora Duncan). Moïsseiev y crée son premier ballet, Les Footballeurs, en 1930, puis Salammbô, en 1932 (musique de A. Arends), et Trois Gros Hommes, en 1935, œuvres qui seront saluées par la critique pour leur originalité et leur sens de la dramaturgie. Il reste au Bolchoï officiellement jusqu'en 1939 et y chorégraphiera même, plus tard, un impressionnant Spartacus (1958). À partir de 1936, Vyacheslav Molotov le nomme également directeur du Théâtre d'art folklorique de Moscou, qui prend le nom d'Ensemble de danse folkorique d'État de l'Union Soviétique dès 1937, mais se fait connaître mondialement sous le nom de Ballet Moïsseiev.

Au départ, la troupe inclut des amateurs qui seront vite remplacés par des danseurs professionnels, très entraînés, avec une base classique extrêmement solide. Igor Moïsseiev ouvre sa propre école en 1943, qui dispense un enseignement en danse classique de haut niveau et en danses de caractère. Si elles s'inspirent, en effet, de danses folkloriques russes, ses chorégraphies sont en réalité très loin d'une transcription de danses traditionnelles existantes. Il s'agit plutôt de créations à part entière où se trouve résumé l'essentiel d'un folklore entièrement réinventé : des sauts acrobatiques, des cosaques qui montent sur pointes avec leurs bottes, le fameux « Gopak ukrainien », qui voit un danseur littéralement voler les jambes écartées au-dessus de l'ensemble de la compagnie, le Kazatchok – où le danseur accroupi jette les jambes devant lui – (dans Danse kalmouke), des ensembles féminins en sarafanes (longues robes chasubles) qui glissent au sol comme sur un tapis roulant dans des danses « sibériennes » (dans Suite d'hiver)... qui vont devenir l'image même de la danse folklorique russe et le modèle des grands ballets nationaux du monde entier, notamment en Afrique.

Très vite, le succès aidant, le ballet Moïsseiev devient un ambassadeur de la culture russe à l'étranger. C'est dans son sillage que seront invités le Bolchoï ou le Kirov. Certains critiques, à l'Ouest, l'accuseront d'être un « outil de propagande soviétique ». En réalité, Moïsseiev n'adhérera jamais a [...]

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Agnès IZRINE, « MOÏSSEIEV IGOR ALEXANDROVITCH - (1906-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/igor-alexandrovitch-moisseiev/