DÉBY IDRISS (1952-2021)

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Président du Tchad durant trente et un ans (1990-2021), Idriss Déby est mort au front, le jour même des résultats de l’élection qui lui assurait un sixième mandat.

Idriss Déby (il ajoute en 2006 le nom de son grand-père, Itno, à son patronyme) est né le 18 juin 1952 à Berdoba dans la province de l’Ennedi. Après des études secondaires à Abéché puis à Bongor, il obtient un baccalauréat scientifique et entame sa formation militaire à l’École des officiers de N’Djamena (promotion 1975-1976) puis entre à l’Institut aéronautique Amaury de la Grange, dans le nord de la France, où il obtient sa licence de pilote professionnel.

En 1979, il rentre au Tchad, en proie aux rébellions, et rallie le camp du rebelle Hissène Habré qui, une fois au pouvoir en 1982, le nomme chef des forces armées nationales tchadiennes. Envoyé au sud du pays, Idriss Déby réprime en 1984 (au cours du « septembre noir ») la rébellion des comités d’autodéfense (Codos). Son rôle durant cet épisode ne fit l’objet d’aucune enquête judiciaire. Il repart en France en 1985 pour suivre une formation à l’École supérieure de guerre interarmées. De retour au Tchad en 1987, il est nommé conseiller à la présidence chargé de la Défense et de la Sécurité. Mais, face à la violente répression menée par Habré contre toute opposition, à l’instar de certains membres de l’ethnie zaghawa à laquelle appartient Déby, ce dernier et deux de ses proches, Hassan Djamous et Brahim Mahamat Itno, respectivement commandant en chef des forces armées et ministre de l’Intérieur, tentent un coup d’État le 1er avril 1989. C’est un échec.

Idriss Déby parvient au Soudan et fédère autour du Mouvement patriotique du Salut (MPS) la majeure partie des forces hostiles à Habré. Appuyées par le Soudan, la Libye et la France – qui voit en Déby une occasion d’entraver le soutien des États-Unis au gouvernement Habré –, les forces du MPS entrent dans N’Djamena le 1er décembre 1990. Fort de la promesse qu’il leur fait alors (« Je ne vous apporte ni or, ni argent, mais la liberté »), Déby cherche à convaincre les Tchadiens de son engagement en faveur des droits de l’homme et de la démocratie. Investi officiellement le 4 mars 1991, le président de la république du Tchad autorise le multipartisme en 1991, crée l’année suivante une commission d’enquête sur les crimes commis par son prédécesseur, reconnaît la liberté d’association et assouplit le contrôle des organes de presse. Il organise également en 1993 une Conférence nationale qui conduit à la rédaction d’une nouvelle Constitution.

Pourtant, le régime prend un tournant rapidement autoritaire, conduisant au musellement de tout contre-pouvoir. Le gouvernement français, bien que divisé sur la question, soutient Idriss Déby lors de l’élection de 1996 dont les résultats, au même titre que les suivantes, sont contestés. Sur le plan économique, Déby souhaite faire du Tchad « la vitrine de l’Afrique » grâce à l’exploitation du pétrole qui débute en 2003. Il s’engage à mettre en place, en partenariat avec la Banque mondiale, un fonds stratégique pour les générations futures alimentées par les royalties du pétrole. La même année, il aide François Bozizé à s’emparer par la force du pouvoir en République centrafricaine, afin notamment de sécuriser les champs pétroliers jouxtant la frontière centrafricaine. Cependant, face aux menaces rebelles à l’est du pays, il rompt en 2006 son engagement vis-à-vis de la Banque mondiale et dépense les dividendes de l’or noir en achat de matériels militaires. Dans le même temps, il modifie la Constitution, supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels.

En 2006, sa réélection contestée avive l’une des plus importantes crises politico-militaires de son règne. Appuyées par le Soudan, deux coalitions rebelles entrent dans N’Djamena en 2006 et 2008. Déby est alors sauvé en partie grâce à l’appui logistique français. La constance du soutien de Paris au régime autoritaire de Déby ne faiblit pas, renforcée par l’engagement du Tchad au sein de la lutte antiterroriste. Membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU en 2014 et 2015, président de l’Union africaine en 2016, Déby utilise son rôle dans la lutte antiterroriste pour hisser le Tchad au rang de puissance africaine diplomatiquement et militairement infl [...]

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Écrit par :

  • : doctorante en anthropologie et sciences politiques à l'université de Genève (Suisse) et à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

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Cécile PETITDEMANGE, « DÉBY IDRISS - (1952-2021) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/idriss-deby/