HABRÉ HISSÈNE (1942-2021)

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Président du Tchad de 1982 à 1990, Hissène Habré laisse un héritage controversé. Surtout connu pour la brutalité de son régime, appuyé par les puissances occidentales, il était surnommé par la CIA « le guerrier du désert par excellence ».

Hissène (ou Hissein) Habré est né le 13 septembre 1942 à Faya-Largeau, dans le nord du Tchad, alors colonie française, dans une famille de nomades Goran (appartenant au groupe des Toubou).

D’abord employé dans l’administration coloniale, il obtient en 1963, trois ans après l’indépendance, une bourse d’État pour poursuivre ses études supérieures à Paris, où il fréquente l’Institut des hautes études d’outre-mer, l’Institut d’études politiques, ou encore la faculté de droit d’Assas. Il rentre au Tchad en 1971 et est nommé sous-préfet de Moussoro par le président François Tombalbaye. Quelques mois plus tard, il rejoint la rébellion du Front de libération nationale du Tchad (Frolinat) et fonde avec Goukouni Oueddei (ou Weddeye), également originaire du Nord, le Conseil de commandement des forces armées du Nord (CCFAN).

En avril 1974, l’enlèvement de la Française Françoise Claustre, archéologue qui sera détenue près de trois ans, d’un coopérant français et d’un médecin allemand qui s’échapperont, donne au groupe rebelle une visibilité internationale et un levier de négociation. Le commandant Pierre Galopin, chargé par le gouvernement français de mener les négociations, est arrêté et exécuté par le CCFAN en avril 1975.

Soutenues par la Libye, les forces de Goukouni Oueddei se réarment et gagnent du terrain. Face à la menace d’une possible ingérence libyenne, Habré rompt avec celui-ci en 1975, et se rapproche du Conseil supérieur militaire (CSM), dirigé par le général Félix Malloum. Ce dernier, devenu chef de l’État, le nomme Premier ministre en 1978. Aiguisant les clivages ethno-religieux pour rallier à lui les acteurs musulmans du Nord tchadien, Habré ne joue pas le jeu de la cohabitation, ce qui conduit à l’affrontement des différentes factions rebelles à N’Djamena en février 1979 et mars 1980. Après une série de combats contre le Gouvernement d’union nationale de transition (GUNT) conduit par Goukouni Oueddei, les Forces armées du Nord (FAN) d’Habré l’emportent finalement le 7 juin 1982 en prenant la capitale et le pouvoir.

Devenu président de la république du Tchad, Hissène Habré peut compter sur le soutien des Occidentaux, notamment les Français et les Américains, hostiles à la politique expansionniste du guide de la révolution libyenne Mu’ammar Kadhafi, allié de Goukouni Oueddei. Les opérations militaires françaises Manta en 1983-1984 puis Épervier en 1986 (dont le dispositif se maintiendra au Tchad jusqu’en 2014) préviennent toute incursion des troupes libyennes vers le sud du pays, au-delà du 16e parallèle. En 1987, l’armée libyenne est définitivement vaincue et la bande d’Aouzou, le long de la frontière nord du Tchad, libérée.

Sur le plan intérieur, le président Habré crée les Forces armées nationales tchadiennes (FANT), réunissant les ex-rebelles des FAN et les anciens militaires des forces régulières qui s’étaient repliées vers le sud. Il impose un parti unique, l’Union nationale pour l’indépendance et la révolution (UNIR), qui doit être le fer de lance de la reconquête politique dans les provinces, mais qui se révèle être, en pratique, un outil d’encadrement et de contrôle des populations. Organe principal de sécurité intérieure, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) est directement sous son contrôle personnel, et s’insère dans un maillage plus large de structures de surveillance et de répression. Ces différents organes sont formés et appuyés logistiquement par les services américains et français, mais également zaïrois, irakiens, et israéliens.

Appliquant une politique délibérée de terreur, Habré se livre à de multiples massacres en fonction de critères ethniques afin de décourager toute forme d’opposition. Dans le sud du pays, la rébellion des comités d’autodéfense, appelés Codos, est écrasée lors de la répression sanglante de « septembre noir » en 1984. La répression reprend entre 1987 et 1989 : contre le peuple hadjeraï, au centre du pays ; contre les Arabes des abords du lac Tchad ; contre les Zaghawa, dans le Nord-Est. Parallèlement, Habré procède à des arrestations massives de suspects qu’il place en détention secrète, notamment [...]

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Écrit par :

  • : doctorante en anthropologie et sciences politiques à l'université de Genève (Suisse) et à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

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Cécile PETITDEMANGE, « HABRÉ HISSÈNE - (1942-2021) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hissene-habre/