Humoresque, TATUM (Art)

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Ce pianiste prodigieux, qui émergea au milieu des années 1930, au moment où le swing prenait le pas sur le style New Orleans et le son de Chicago, sut tirer parti des apports de Earl Hines et poussa très loin le style stride. Sa musique en solo est parfois jugée trop mélodique et trop linéaire, donc «trop» séduisante. Elle est pourtant un véritable festival de technique pianistique ponctuée par des changements de pulsation, des citations, des prestissimos vertigineux et des fulgurances mélodiques qui laisseront pantois un Vladimir Horowitz ou un Samson François. En entendant son célèbre Tiger Rag, Stéphane Grappelli ne voudra d'ailleurs pas admettre qu'un seul pianiste puisse produire tant de notes à la fois!

Dans cette évocation d'un thème célèbre de Dvořák, Art Tatum, adepte de Fats Waller, fait entendre un orchestre complet et ses voix indépendantes grâce à un toucher unique. Le stride de la main gauche dissimule un embryon de walking bass et les brisures du rythme, typiques du jeu d'Art Tatum, ne perturbent en rien un phrasé parfait. On retrouve un interprète ludique qui reprend à son compte le ragtime ou le boogie-woogie. Humoresque est une pièce de forme libre. Fidèle à son sens d'origine, le pianiste met toute sa verve et son humeur du moment.

Paradoxalement, Art Tatum, étiqueté à son époque comme un «musicien pour musicien», est aujourd'hui considéré par les critiques comme un «pianiste de bar trop bavard», alors que son dessein était de donner du plaisir au plus grand nombre.

—  Eugène LLEDO

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Pour citer l’article

Eugène LLEDO, « Humoresque, TATUM (Art) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/humoresque-tatum-art/